Une belle journée dans un moment de tristesse

Voici une touchante histoire, et triste à la fois, que je vous propose aujourd’hui. Une histoire vraie, rédigée sous la plume de Mayssa Ferah, dans La Presse+ récemment.

25 PAPILLONS POUR UN DERNIER ANNIVERSAIRE MAGIQUE

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est papillon.jpgThérèse Morin fête ses 78 ans ce 25 mai. Cet anniversaire, c’est son dernier. Confinée chez elle avec son mari, elle sera bientôt transférée aux soins palliatifs. Pour ajouter de la beauté dans ce moment empreint de tristesse, sa fille lui a offert un après-midi mémorable.

La tragique nouvelle est tombée le 24 juin dernier. Cancer du pancréas. Les médecins ne lui donnaient même pas trois mois.

« Depuis le diagnostic, on fête les dernières fois. Le dernier Noël, la dernière fête de mon père… », explique sa fille José Larose. Au début de sa maladie, on ne pensait même pas qu’elle passerait le mois d’octobre. Elle s’est rendue jusqu’à Noël, puis à Pâques, puis aux fêtes de ses filles.

Pour le dernier anniversaire de sa mère, José Larose voulait marquer le coup, même si les restrictions sanitaires et la distanciation physique allaient rendre tout rassemblement moins chaleureux.

Depuis le début de sa maladie, sa mère a passé beaucoup de temps sur son balcon. Puis est venue la pandémie, qui a limité les visites. Comme elle était assise dehors, des papillons venaient la voir. Elle s’est donc prise d’affection pour ces élégantes bestioles aux ailes colorées et délicates.

Confinée, « elle disait qu’elle voulait être un papillon quand elle ne serait plus là », se remémore Mme Larose.

« J’ai décidé de la surprendre avec des papillons pour rendre cette journée spéciale, malgré les consignes sanitaires. »

— José Larose, fille de Thérèse Morin

Dimanche après-midi, 25 monarques se sont donc envolés pour célébrer sa mère.

Ainsi, famille, amis et anciens voisins se sont réunis – à bonne distance – pour l’ultime anniversaire de Thérèse Morin, devant son domicile de Saint-Basile-le-Grand.

Quand Thérèse Morin a découvert sa surprise, ce fut l’émerveillement total. Elle a même versé une petite larme en observant un papillon se poser sur sa main pendant quelques minutes, sous le regard affectueux de son mari Aimé Paré. « Elle est faite forte », a-t-il dit, visiblement ému.

Le balcon orné de ballons roses, les rires sonores des enfants pendant que tout le monde chantait « bonne fête » et le soleil radieux ont fait oublier, le temps d’un après-midi, le confinement, le virus, la pandémie et la maladie.

À plusieurs reprises, les automobilistes ont fait résonner leurs klaxons en criant « bonne fête », au grand bonheur de Mme Morin, qui adore recevoir de la visite.

« UNE GRANDE DAME »

« Ma mère aime faire des mauvais coups. Elle fait semblant de tomber en échappant sa marchette, pour nous faire une petite peur. C’est son humour. Elle n’a plus autant d’énergie, alors elle veut nous faire rire », raconte Mme Larose.

Malgré le confinement et les visites limitées, Mme Morin n’a jamais perdu sa joie de vivre. Elle affiche un sourire espiègle du matin au soir. « Elle reste dévouée, même dans la maladie », dit sa fille avec admiration.

C’est de sa grande générosité que ses enfants se souviendront le plus. Chaque Noël, elle achète des cadeaux pour les plus démunis. Elle multiplie les dons aux organismes de charité. Il y a 34 ans, elle a décidé d’ouvrir sa maison en tant que famille d’accueil à deux garçons vivant avec un handicap mental.

« Ma mère est fine. Tout le monde l’aime. Aujourd’hui, le fleuriste Ombelle, pas loin d’ici, était fermé, mais il a ouvert juste pour maman. Le personnel de soins du CLSC de Beloeil, qui fait un travail extraordinaire, s’est pris d’affection pour elle », explique sa fille.

« C’est vrai que j’aime faire des bonnes farces. Les médecins me disent que j’ai du caractère », a confirmé Mme Morin, en admirant son gâteau d’anniversaire.

Sa mère fait partie d’une génération qui n’a pas eu la vie facile, rappelle José Larose.

« C’est une grande dame. Tout ce que je suis, je le dois à ma mère. J’ai 56 ans, et elle a toujours été là pour moi. Je suis chanceuse de l’avoir eue. »

Mme Morin, elle, est plutôt fière de sa fille qui s’occupe d’elle au quotidien depuis plus d’un an et qui a pris le temps de planifier la petite fête. « C’est elle, au fond, mon ange gardien. »