Un autre exemple de la folie religieuse

La folie religieuse peut nous mener directement à la mort, dans des souffrances atroces.

Voici l’histoire sordide, racontée par Francine Laplante, accompagnatrice, et publiée dans La Presse+ du 22 août dernier.

SOUFFRIR AU NOM DE DIEU Francine Laplante

« J’ai vu dans ses yeux l’espoir : le désir de déjouer le verdict et l’amour de la vie », confie Francine Laplante.

À ce jour, j’ai accompagné plus de 40 enfants et jeunes adultes jusqu’à leur dernier souffle. Plusieurs sont morts dans mes bras. Croyez-moi, ce n’est pas une donnée qui honore mon implication. Chaque mort revêt un immense sentiment d’échec.

À la fin du mois de juillet dernier, j’ai perdu mon amie des Antilles. Une belle grande jeune fille qui était entrée dans ma vie il y a deux mois à peine. Elle était condamnée, un maudit cancer avait pris le contrôle de son corps deux ans plus tôt.

Dès notre première rencontre, je suis tombée amoureuse de ma nouvelle protégée, qui n’était pas encore hospitalisée. La chimie a opéré immédiatement entre nous deux. J’ai vu dans ses yeux l’espoir : le désir de déjouer le verdict et l’amour de la vie.

J’ai embarqué tête première dans cette nouvelle histoire d’amour en connaissant très bien la fin, même si personne ne connaissait le moment exact. J’ai pleinement vécu avec elle tous les instants en portant mon attention sur le moment présent.

MOMENTS DE COMPLICITÉ

Car il y avait ce besoin de s’imprégner de bonheur, de sagesse et de résilience. Je me suis consacrée à faire briller ses yeux et faire battre son cœur chaque jour un peu plus fort. Puisque son état s’est détérioré, il y a alors eu une hospitalisation. Mes visites étaient presque quotidiennes. J’entrais dans sa chambre, elle me tendait la main et nous passions de longs moments en silence dans cette complicité.

Pendant cette courte période, j’ai développé une très belle relation avec sa maman et sa fratrie. Dieu était évoqué régulièrement, mais rien de choquant ni de troublant. Je voyais également à quel point la communauté chrétienne était présente dans le quotidien de la famille ; cependant, mon amie semblait sereine et heureuse.

Et il y a eu ce tournant lorsque les médecins ont annoncé à la famille qu’ils ne pouvaient plus rien pour elle. Le sort de ma douce amie était remis entre les mains de Dieu…

Cela signifiait que la famille serait désormais très réticente à ce que les médecins la soulagent adéquatement. Même si j’avais la conviction que la famille se trompait et que nul n’avait le droit de la faire souffrir, je n’avais aucun droit de contester.

Quand mon amie, sa mère et moi nous trouvions seules dans la chambre de l’hôpital, tout allait bien. Inversement, dès que la communauté entrait dans le décor, rien n’allait. Malheureusement, c’était le jour et la nuit. La communauté religieuse régnait sur la maman et mon amie. Elles étaient dominées.

Au cours de la dernière journée de vie de mon amie, je suis restée avec elle; sa maman était partie.

Puis, une dame est entrée dans la chambre. Elle était très élégante, c’était une amie de la communauté. Elle s’est penchée vers mon amie et lui a demandé si elle voulait qu’elle lui « fasse la lecture ».

Mon amie n’avait même plus la force de répondre tellement elle était faible et souffrante, mais la dame a interprété ses moindres balbutiements comme un « oui ». Elle a sorti un livre noir de son sac à main ; c’était la Bible. Elle a lu des dizaines de passages à voix haute en insistant sur le fait que Dieu est le seul à décider, qu’il est le seul à avoir le pouvoir de faire un miracle et soulager ses souffrances.

Mon amie avait peine à respirer, mais la dame persistait pour qu’elle réagisse et fasse signe de la tête en guise d’accord. J’étais complètement déconcertée et surtout terriblement impuissante.

Lorsqu’elle a terminé sa lecture, je lui ai demandé quelle était sa profession… elle m’a dit qu’elle travaillait dans deux grands hôpitaux de Montréal et qu’elle était en charge de la formation. Je me rappelle m’être dit que cette femme était un vrai danger public.

Elle a quitté la chambre et je suis restée seule avec la grand-mère maternelle. Durant tout l’après-midi, je l’ai entendue répéter haut et fort au-dessus de mon amie : « Dieu est plus puissant que les médicaments, n’est-ce pas, ma fille ? Dieu voit tout, n’est-ce pas, ma fille ? Dieu sait tout, n’est-ce pas, ma fille ? Le Seigneur peut faire des miracles, n’est-ce pas, ma fille ? C’est lui qui a le dernier mot, n’est-ce pas, ma fille ? »

Durant ce temps, mon amie était à l’agonie et la maman était absente.

L’équipe médicale et moi avons insisté auprès de la mère par téléphone pour qu’elle donne son consentement à une injection de médicament pouvant la soulager. Elle a finalement dit oui ! La grand-mère était outrée et elle a appelé le pasteur.

Je n’ai rien compris de la conversation, puisqu’ils parlaient une langue que je ne maîtrise pas. Ma protégée s’agitait dans son lit, c’était insoutenable.

La maman est revenue, je suis sortie de la chambre pour la laisser seule avec sa fille et sa mère et j’ai entendu : « Médecins veulent donner médicaments, mais Dieu est plus fort. » Puis, un peu moins de 15 minutes plus tard, ma douce amie est morte dans la souffrance.

INDIGNÉE

Les jours suivant sa mort, j’ai exprimé mon indignation à l’un des membres de l’équipe médicale : « Le système, je dirais même la société avait laissé tomber cette enfant en la laissant entre les mains de cette communauté chrétienne. » Le système a laissé un vide que le fanatisme a investi.

J’ai assisté aux funérailles. J’étais la seule Blanche parmi 350 personnes et je me sentais étrangère, non pas par la différence ethnique, mais par le culte du religieux délirant. Puis, le pasteur a prononcé les prétendues dernières paroles de ma belle amie. Elle avait supposément dit juste avant de mourir : « Ah, maman, maman ! Je vois Dieu qui vient me chercher ! »

J’étais outrée. « Mais ce ne sont que des mensonges », me suis-je dit ! Elle ne pouvait plus prononcer un seul mot ! Elle n’était que souffrance !

C’était la première fois que j’étais confrontée à tant de fanatisme dans le cadre de mes accompagnements. J’ai été déstabilisée et profondément choquée. En lisant le reportage « Dieu guérira ton cancer », j’ai senti le sang glacé dans mes veines. Je ne veux pour rien au monde qu’un enfant puisse terminer ses jours dans la souffrance au nom de Dieu !

Un dénouement heureux

Nous, les Québécois, lorsque vient le temps de se serrer les coudes, de faire une action pour retourner du bonheur, nous crions « présent » ! Poser un geste concret et réconciliant envers des victimes vulnérables vient nous chercher au plus profond de nous-mêmes et déclenche une action spontanée. On en a régulièrement la preuve, lors de levée de fonds envers les enfants, entre autres.

Photo : Journal de Montréal

L’histoire qui suit est tirée de l’édition du Journal de Montréal du 28 juillet dernier. Vous l’avez probablement lue mais, quoi qu’il en soit, je la partage avec vous et mes lecteurs et lectrices qui me suivent régulièrement sur les autres continents. Une histoire touchante qui prouve qu’on peut se serrer les coudes pour semer du bonheur.

ON SE SERRE LES COUDES POUR UN EMBALLEUR DÉFICIENT INTELLECTUEL Amélie St-Yves

SHAWINIGAN | Un emballeur de supermarché déficient intellectuel qui était dévasté par le vol de son vélo a pu compter sur plusieurs bons samaritains, qui lui ont payé une bicyclette neuve.

« Tabarouette, j’étais content », dit avec enthousiasme Rémy Carrier, 30 ans.

La semaine dernière a été riche en émotions pour lui. Le mercredi 17 juillet, il a enfourché son vélo comme à son habitude pour aller travailler au Métro du secteur de Shawinigan-Sud, où il est emballeur à temps plein depuis neuf ans.

À la fin de son quart de travail, à 17h30, il s’est dirigé vers le garage Bergeron et Filles, où il a l’habitude de jaser avant de rentrer chez lui, selon sa mère, Linda Mailhot.

Sa bicyclette a été volée ce soir-là, pendant qu’il socialisait. Elle n’était pas barrée.

« Le petit gars a une déficience intellectuelle. Rémy ne sait pas l’heure, il ne sait pas écrire. Il a de la misère à gérer certaines situations », explique sa mère, qui ne lui en veut pas.

Il avait reçu ce vélo en cadeau le 30 septembre pour ses 30 ans. Le vol l’a attristé au point d’en pleurer. Sa mère a publié un message sur Facebook demandant aux voleurs de le rapporter.

TOUCHÉ PAR L’ÉVÉNEMENT

Son histoire a désolé plusieurs lecteurs dont Pierre-Yves Rousselle, un résident du coin qui connaît l’emballeur. Il a alors lancé une campagne de sociofinancement. Il a amassé 700 $ dès la première nuit.

« C’est son moyen de transport, c’est sa fierté. C’est ça qui est venu me chercher », indique M. Rousselle.

Les collègues de Rémy Carrier ont pour leur part déposé une banque aux caisses pour ramasser des dons. Ils ont accumulé près de 400 $ en quelques heures. Trois boutiques de Shawinigan ont aussi offert des rabais importants, même de l’entretien gratuit.

« Je ne pensais pas qu’il y avait autant de gens qui l’aimaient tant. C’est sûr que c’est quelque chose qui vient te chercher », raconte la mère de l’emballeur.

ÉMU

Pierre-Yves Rousselle est allé chercher Rémy Carrier à la fin de son quart de travail, le vendredi 19 juillet. L’emballeur a d’abord pleuré dans ses bras en expliquant que son vélo avait été volé.

M. Rousselle lui a ensuite annoncé que plusieurs personnes allaient lui en offrir un neuf.

Rémy Carrier a continué de pleurer un peu, empreint de fortes émotions. Son vélo et son équipement ont été remplacés ce soir-là.

Au total, plus de 1400 $ ont été amassés. Le reste de l’argent, soit une somme de plus de 600 $, a été remis à « J’ai mon appart », un projet de construction de 12 logements supervisés pour des personnes déficientes intellectuelles dans le secteur Grand-Mère, à Shawinigan.

NDLR : Comment rester insensible à une si belle histoire.

L’aide médicale à mourir; vous avez encore des doutes ?

Quand l’espoir n’est plus là !

Quand tout a été tenté !

Quand la souffrance devient insoutenable !

Quand nos forces sont épuisées !

Quand on attend que la mort nous délivre…

Il ne nous reste qu’une seule solution; l’aide médicale à mourir, afin de quitter dans la plus profonde dignité. Le respect ultime de ses dernières volontés.

Aujourd’hui, je veux partager avec vous cette touchante et émouvante histoire racontée par Patrick Lagacé, dans l’édition de La Presse + du 21 juillet dernier. Puisse-t-elle guider votre réflexion.

PETITE RÉVOLUTION À LA MAISON ADHÉMAR-DION Patrick Lagacé

En février, le chanteur Marc Hervieux a reçu un appel de Claudette Dion, de la célèbre famille Dion. Mme Dion avait une demande spéciale pour le ténor.

Pourrait-il venir rencontrer une de ses fans qui vivait ses derniers moments, à la Maison de soins palliatifs Adhémar-Dion de Terrebonne ?

Claudette Dion, porte-parole de la Maison qui porte le nom de son papa, a expliqué la situation : la jeune mère de famille devait assister à un spectacle de Marc Hervieux en janvier…

Mais la maladie s’est interposée.

Marc Hervieux a accepté sur-le-champ. Il a regardé son horaire. Par hasard, il s’en allait le lendemain à Las Vegas voir le spectacle de la plus connue des Dion, Céline.

– Si je passe demain matin, sur le chemin de l’aéroport, ça va ?

C’était parfait. Rendez-vous fut donc pris pour le lendemain matin, Marc Hervieux allait arrêter chemin Saint-Charles, à Terrebonne, en route vers l’aéroport.

« Une heure plus tard, me raconte Marc Hervieux, Claudette me rappelle : la dame avait demandé l’aide médicale à mourir et elle venait d’avoir sa réponse. Elle allait la recevoir le lendemain matin, à peu près au moment où je pensais passer la voir… »

La suite à la fin de cette chronique.

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Ce qui frappe dans le bout de l’histoire que je viens de commencer à vous raconter, c’est bien sûr la générosité de cœur de Marc Hervieux. Comme d’autres, sans faire de selfie ni de communiqué de presse, Hervieux fait des gestes semblables. Je note que c’est moi qui l’ai sollicité, quand j’ai eu vent de cette histoire.

Mais socialement, je vous dirais que ce qui est frappant, pour ne pas dire révolutionnaire, c’est qu’une maison de soins palliatifs offre l’aide médicale à mourir (AMM).

Dans le spectre des années 2012 à 2015, au cœur du débat sur la fin de vie, les Québécois ont envoyé un signal clair à leurs élus : nous voulons avoir accès à l’aide médicale à mourir. Le Québec s’est doté d’une telle loi, suivi par le fédéral (qui a été forcé par la Cour suprême).

Des Québécois étaient (et sont encore) réticents. Parmi les récalcitrants : les maisons de soins palliatifs. Quand Québec préparait sa loi, les maisons de soins palliatifs avaient été catégoriques : jamais l’aide médicale à mourir ne serait administrée sous leur toit.

Ce raisonnement était en phase avec celui de la communauté des soins palliatifs : la douleur, ça se soulage, c’est notre métier, notre mission. Mettre fin à la vie n’est pas notre mission. Ça n’arrivera jamais chez nous…

La mission particulière des maisons de soins palliatifs – tenues à bout de bras par les communautés où elles sont ancrées, à coup de bénévolat et de campagnes de financement – a convaincu le gouvernement du Québec de ne pas forcer ces institutions à offrir l’aide médicale à mourir.

Quelques années plus tard, le réel a rattrapé les maisons de soins palliatifs. Sur 34, elles sont désormais 7 à offrir ce soin. La réflexion est en cours dans plusieurs autres maisons de soins palliatifs, m’a dit Marie-Julie Tschiember, de l’Alliance des maisons de soins palliatifs : « Le temps qui passe et les témoignages rassurants des maisons qui donnent l’AMM contribuent à la réflexion des dirigeants des autres maisons. »

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La première fois qu’une résidante de la Maison Adhémar-Dion a demandé l’aide médicale à mourir, ce soin était disponible et légal au Québec… Mais la Maison ne l’offrait pas.

On a donc transporté la femme à l’hôpital, pour qu’elle puisse y recevoir ce soin.

Nicole Vaillancourt, DG de la Maison Adhémar-Dion, se souvient du cas avec émotion : « Les infirmières de la Maison étaient tellement attachées à cette femme qu’elles ont refusé de la lâcher. Elles l’ont accompagnée à l’hôpital pour ses derniers moments. »

N’empêche : il y avait quelque chose de troublant dans le fait qu’une résidante en fin de vie, avec l’épuisement que cela suppose, doive subir le bouleversement de monter dans une ambulance pour aller à l’hôpital afin de recevoir un soin parfaitement légal. L’épisode avait secoué bien des artisans de la Maison Adhémar-Dion.

Nicole Vaillancourt a plaidé pour un changement, devant le conseil d’administration.

– Avec quel argument ?

– Que quitter la Maison Adhémar-Dion en ambulance pour aller mourir à l’hôpital, ce n’est pas de la dignité.

Elle ne prononce pas le mot « dignité » à la légère : elle a accompagné dans la maladie son frère Alain, champion de sports équestres, qui s’est éteint par un soir d’éclipse en 2012. On devine que l’expérience fut marquante, à vie. Elle est entrée à la Maison Adhémar-Dion comme bénévole, d’abord aux cuisines, puis aux soins, où elle a donné des bains aux résidants et procédé à la toilette funéraire de ceux qui venaient de mourir. « C’est là, dit-elle, que j’ai compris que les soins palliatifs, c’est la dignité jusqu’à la fin. »

En janvier 2018, Nicole Vaillancourt, devenue DG, a donc présenté son plan au conseil d’administration. En mars, le C.A. tranchait : go. En juillet, une première femme a reçu l’aide médicale à mourir.

La première femme qui a reçu l’AMM a permis aux employés de la Maison Adhémar-Dion qui le désiraient d’assister à ses derniers moments. Michel Houle, intervenant social, a eu une épiphanie, si j’ose dire : « D’avoir pu assister à cela m’a permis de comprendre de quoi il s’agit. Maintenant, quand j’en parle, je parle en connaissance de cause. C’était serein, c’était beau. »

Depuis un an, ce soin qui est un ultime geste de liberté sur son destin a été prodigué cinq fois à la Maison Adhémar-Dion. Il demeure, là comme ailleurs, l’exception à la règle chez les gens en fin de vie.

La règle ?

Aller au bout de la dernière seconde de vie possible.

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Quand Claudette Dion l’a rappelé, Marc Hervieux a donc compris en ce jour de février qu’attendre au lendemain matin pour aller rencontrer une fan en fin de vie n’était pas une option.

– Je vais être là ce soir, a-t-il promis à Claudette Dion.

Et ce soir-là, le ténor s’est pointé dans la chambre de la femme, qui était entourée de ceux qui l’aimaient et qu’elle aimait. Elle était contente de voir le ténor, mais ce dernier devinait sa douleur.

Il lui a tenu la main, ils ont bavardé.

Marc Hervieux lui a chanté deux chansons, Quand on n’a que l’amour et Caruso. Elle avait raté le concert de Marc Hervieux en janvier. Elle l’a eu pour elle, et ses proches, en concert privé.

La dame était jeune, trop jeune. Marc Hervieux a perdu son père jeune, trop jeune, lui aussi, quand il était ado. À sa fan souffrante, Marc Hervieux a donc parlé de Dollard, son père…

– Si tu vois Dollard, dis-lui allô, dis-lui que je m’ennuie de lui…

La femme s’est éteinte le lendemain, d’une maladie qu’elle n’avait pas choisie, mais au moment qu’elle avait choisi.

Une centenaire engagée et en forme

Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles à commenter. Il y a aussi de belles histoires qu’on aimerait bien vivre nous aussi. Ne sachant pas le jour ou l’heure de notre trépas, nous espérons conserver une bonne santé pour jouir de cette belle vie le plus longtemps possible.

Récemment, à la lecture de mon Journal de Montréal, je suis tombé sur cette candide histoire de Marie May Coulombe de Montmagny qui, à l’âge très vénérable de 102 ans, joue encore à la pétanque quatre fois par semaine. C’est encourageant pour les années qu’il nous reste. Une histoire racontée sous la plume de Stéphanie Gendron.

Quoi qu’il en soit, c’est son histoire que je veux partager avec vous aujourd’hui. Puisse-t-elle vous faire apprécier encore plus votre propre vie.

MANIAQUE DE LA PÉTANQUE À 102 ANS Stéphanie Gendron

Malgré son âge vénérable de 102 ans, Marie May Coulombe de Montmagny joue à la pétanque jusqu’à quatre fois par semaine depuis plus de 30 ans.

La bonne santé physique et mentale de Mme Coulombe, née le 10 mars 1917, impressionne. Ses partenaires à la pétanque ne cessent de lui dire qu’elle est leur idole et qu’ils souhaitent être en aussi bonne santé au même âge.

« Le secret, c’est de ne pas rester assise dan son fauteuil. Je m’occupe de mon loyer, je me fais à manger… ç’a l’air que je ne fais pas mon âge, mais je l’ai quand même », dit Mme Coulombe, en riant.

Après avoir perdu son mari en 1985, elle a commencé à jouer à la pétanque, loisir qu’elle a découvert sur un terrain de camping.

Elle joue au Boulodrome de Montmagny et aide ses coéquipiers à remporter des tournois jusqu’à quatre fois par semaine, étant considérée comme une excellente pointeuse. Elle a d’ailleurs obtenu sa carte de membre à vie pour ses 100 ans.

« C’est un beau jeu, c’est un jeu de concentration, ça permet de garder nos facultés », dit celle qui n’est pas si fatiguée à la fin des journées de tournois qui peuvent durer plus de huit heures.

Coiffeuse pendant 40 ans, elle habite aujourd’hui un appartement dans une résidence pour personnes âgées autonomes de Montmagny. Sa fille de 75 ans l’aide à faire du ménage toutes les deux semaines.

Elle se fait elle-même à manger et a pu conduire sa voiture jusqu’à l’hiver dernier, alors qu’on lui a retiré le droit de conduire. « J’ai trouvé ça très difficile, car quand j’en avais besoin, je partais et je m’en allais avec mon auto. Mais mon âge m’a bloquée », se désole-t-elle.

EN FORME

Dotée d’une très bonne mémoire, elle active ses méninges grâce aux mots croisés.

Ses enfants sont sa plus grande fierté, trois sur cinq étant encore en vie. Elle a vécu l’expérience d’en perdre deux, décédé du cancer à l’âge de 62 ans.

Marie May Coulombe se dit consciente qu’outre le fait qu’elle doive porter des appareils pour bien entendre et un mal de jambes si elle marche trop longtemps en raison de problèmes de circulation, elle est particulièrement en forme pour 102 ans.

Maniaque de pétanque, elle assure que seuls des problèmes de santé pourraient l’empêcher de se rendre sur les terrains. Elle compte bien se garder en forme pour continuer de jouer le plus longtemps possible.

Ma paix d’esprit doit être sans frontière

Connaissez-vous MedicAlert ? Cette organisation qui produit des bracelets et accessoires indicatifs, pourraient vous sauver la vie, partout dans le monde. Constamment sur un pied d’alerte, elle peut répondre à toute demande sur votre médication dans un moment d’urgence, que vous soyez chez-vous ou à l’étranger. Une question de survie.

Voici l’histoire vécue de Sonya G. abonnée MedicAlert depuis 30 ans. Cette abonnée de longue date explique comment MedicAlert est encore et toujours à ses côtés lorsqu’elle voyage à l’étranger.

La plupart de nos abonnés n’auront jamais à profiter de la protection de MedicAlert à un endroit autre que dans la collectivité où ils vivent et travaillent.

Et si vous deviez voyager ailleurs au Canada ou aux États-Unis, ou encore séjourner outre-mer ? Il est très rassurant de savoir que MedicAlert est reconnue à l’échelle internationale et permet de communiquer des renseignements médicaux essentiels lors d’une urgence.

Vous n’avez qu’à demander l’avis de Sonya, qui a eu une réaction allergique presque fatale il y a quelques années, alors qu’elle était en vacances en Amérique du Sud.

La jeune femme séjournait à un centre de villégiature en Colombie en compagnie de ses parents et de son petit ami lorsqu’elle a été prise de maux d’estomac. Elle a consulté un médecin de l’endroit, qui lui a remis une ordonnance.

« Je n’ai pas remarqué qu’il m’avait prescrit de la pénicilline, à laquelle je suis allergique », se rappelle Sonya. « La journée suivante, nous nous sommes rendus à un autre complexe touristique et j’ai été hyper malade pendant tout le trajet. J’avais des éruptions cutanées et une poussée d’urticaire. »

Sonya a consulté un deuxième médecin en arrivant sur place, mais ce dernier ne parlait pas anglais.

« Le médecin m’a alors fait une injection, car je vomissais. Je redoutais qu’il m’ait donné davantage de pénicilline; j’ai donc pointé avec insistance mon identifiant MedicAlert, qu’il a tout de suite reconnu, avant de m’administrer une dose d’épinéphrine pour contrer les effets de l’antibiotique. Je me suis immédiatement sentie mieux. »

La raison pour laquelle le médecin de Sonya a pu répondre aussi rapidement à ses besoins est la même qui rend le service de MedicAlert si précieux lors d’une urgence; chaque identifiant est passé en revue par des professionnels formés en soins de santé et gravé avec des termes médicaux reconnus mondialement.

« Je n’avais même pas besoin de connaître la langue du pays puisque mon identifiant MedicAlert a traduit le nom de mon trouble de santé », ajoute Sonya. « Si je ne l’avais pas porté en Colombie, je serais morte. J’en ai la certitude. »

Sonya est abonnée à MedicAlert depuis 30 ans et elle s’est donné la mission de faire connaître l’organisme aux autres. Elle partage notamment ses expériences par l’entremise de Facebook.

« Il faut sensibiliser les gens de manière à sauver un plus grand nombre de vies. » Sonya, en racontant votre histoire, c’est exactement ce que vous faites ! Merci !

Jalousie maladive

Amoureusement parlant, la jalousie se définie comme un sentiment douloureux que font naître les exigences d’un amour inquiet, le désir de possession exclusive de la personne aimée, la crainte de son infidélité. Voici une histoire vécue et racontée dans le numéro de mai dernier du magasine Coup de Pouce, sur le sujet. Malheureusement, toutes les histoires semblables ne se terminent pas comme celle-ci, mais dramatiquement.

C’est la lecture que je vous propose aujourd’hui.

JALOUSIE TOXIQUE

Je sortais d’une douloureuse peine d’amour lorsque j’ai rencontré Jacob. Au début, il était très attentionné, et j’ai rapidement emménagé chez lui. J’étais heureuse mais, très vite, les remarques ont commencé : « Tu ne peux pas porter ça pour sortir : tous les gars vont regarder ton décolleté ! », « Ta robe n’est pas trop moulante ? » ou « Tu devrais porter le chandail que je t’ai offert, il te va si bien ! »

Ces premières marques de jalousie ne m’affectaient pas outre mesure. Je défendais mon chum en affirmant que sa petite jalousie était cute. Mais, tranquillement, je me suis mise à me questionner. Étais-je aguicheuse ? François St Père, psychologue spécialisé dans la thérapie de couple, explique que le mécanisme de la jalousie est complexe. « La jalousie se définit comme une tentative subtile de contraindre la liberté de l’autre. C’est souvent insidieux. Au début d’une relation, on est emballé. La jalousie peut être même interprétée comme une forme d’amour. On se dit que l’autre doit vraiment nous aimer pour avoir si peur de nous perdre. Mais plus la relation avance, moins les tentatives sont subtiles et plus elles deviennent répétitives. »

Ensuite, il a commencé à bouder quand un homme m’adressait un sourire. J’avais droit à des : « Suis-le donc, un coup parti ! » ou « T’es pas gênée de faire ça devant moi ? » J’ai fini par arrêter d’aller faire l’épicerie, non pas parce qu’il m’en empêchait, mais parce que j’étais lasse de me justifier. Plus ça allait, plus je m’isolais à cause de ses comportements inadéquats. Et si nous sortions, je rasais les murs pour ne pas attirer l’attention. « La jalousie est un cercle vicieux, note François St Père, auteur de l’ouvrage Le burnout amoureux. Notre liberté est brimée, ce qui nous pousse à nous isoler. Et le fait qu’il n’y ait plus qu’une seule personne qui pose un regard sur nous affecte notre estime de soi. On devient même fortement convaincu qu’on ne mérite pas d’être aimé et qu’on n’a pas de valeur. »

Son emprise était telle que j’ai même abandonné mes études. Quand j’avais des travaux d’équipe, je devais prendre rendez-vous dans un lieu public pour que Jacob puisse m’espionner. Je n’en pouvais plus de ce regard au-dessus de mon épaule…

Comme je finissais tard à mon travail, il venait aussi m’y conduire et m’y chercher. Je trouvais ça gentil. Mais, petit à petit, il a commencé à arriver avant la fin de mon quart pour m’attendre dans les bureaux. Si je disparaissais de sa vue, j’avais droit à tout un interrogatoire, une fois dans la voiture. « Pourquoi es-tu allé là ? Pourquoi untel t’a suivi ? Pour te sauter, j’imagine ? » À la maison, il était évident qu’il espionnait mon ordinateur, car il me parlait de sujets dont j’avais discuté dans des messages privés. Une fois, pendant que nous faisions l’amour, il a même osé me demander si j’avais couché avec un homme qui m’avait fait une demande d’amitié sur les réseaux sociaux.

J’ai enduré cette vie pendant deux ans. « Parfois, on le sait avec notre tête que ça n’a pas de sens mais, émotionnellement, ce n’est pas aussi évident. On devient convaincu qu’on ne mérite pas mieux », indique François St Père.

Un jour, une amie que j’avais négligée depuis longtemps est venue me voir au travail. C’est elle qui m’a ouvert les yeux. Elle m’a brassée comme seule une amie peut le faire. J’ai pleuré, je l’ai détestée et je suis rentrée chez moi. J’ai ruminé ce qu’elle m’avait dit pendant quelques jours. Puis je me suis réveillée : « Elle a tellllllement raison » Un jour, mon chum étant au travail, j’ai appelé mon amie et lui ai dit que j’étais prête à partir. Elle est venue me chercher et je n’ai plus revu Jacob. Pendant des mois, il m’a écrit pour s’excuser et me dire qu’il ne comprenait pas. J’ai bloqué son numéro et l’ai menacé de porter plainte.

Même si cette histoire est derrière moi, elle a laissé des traces. Profondes. Dans mes relations amoureuses aussi bien qu’amicales. À la moindre remarque sur mon habillement ou mes agissements, je me braque. « C’est normal, explique l’expert. À la suite d’un traumatisme – dont celui que cause la jalousie –, notre cerveau emmagasine des informations. Ensuite, dès que survient un élément – remarque, geste, allusion – qui réactive notre mémoire émotionnelle, on réagit instinctivement. » Ça entraîne parfois des frictions avec mon conjoint actuel, car j’interprète mal ses paroles. Au compliment : « Wow ! Tu es sexy ! » moi, j’entends : « Tu es trop peu vêtue. » J’ai laissé, un jour, la jalousie s’infiltrer dans ma vie. Elle ne s’y aventurera plus jamais.

Source : Nadine Descheneaux, Coup de Pouce, mai 2019

Quand la réalité dépasse la fiction

Photo: Radio Canada

Je sais que plusieurs d’entre vous êtes des téléspectateurs de la série District 31, diffusée à Radio-Canada 4 jours sur 7. Cette fiction dans son ensemble est le reflet quasi parfait de ce qui se passe dans un poste de police et précisément au niveau des enquêtes criminelles.

Mais qu’arrive-t-il quand la réalité dépasse la fiction ? L’histoire vraie qui suit ramène à la dure réalité une intervention policière d’André Castonguay et d’une équipe de policiers, le 23 décembre 1983. Des conséquences qui le hantent encore…

VIVRE AVEC LA MORT D’UN INNOCENT SUR LA CONSCIENCE

Les larmes ne sont jamais loin quand André Castonguay évoque les événements du 23 décembre 1983. Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

C’est le 22 décembre 1983. Les sapins illuminent les salons de plusieurs maisonnées sherbrookoises. Sainte Nuit et Vive le vent tournent en boucle à la radio. De gros flocons tombent dans les rues. André Castonguay et des collègues policiers distribuent des paniers de Noël à des gens pour qui les Fêtes seront plus difficiles. À ce moment, rien ne laisse présager que le policier sherbrookois abattra, moins de 24 heures plus tard, un homme innocent, un poseur de tapis qui se trouvait au mauvais endroit à un bien mauvais moment.

Ça se déroule tellement vite. Les décisions, on doit les prendre à pleine vitesse. Sur le moment, je n’étais même pas certain de m’en sortir. J’avais l’impression que je n’avais pas réagi assez rapidement, relate l’homme qui revient publiquement sur « l’affaire des poseurs de tapis » pour une première fois depuis ce fatidique jour.

Le drame a non seulement marqué l’imaginaire des Sherbrookois, mais celui de nombreux Québécois qui voyaient les événements défrayer quotidiennement les manchettes des médias.

Plus de 35 ans après les événements, tout est encore frais dans la mémoire d’André Castonguay. C’est comme un film en très haute définition qu’il n’aime toutefois pas remettre à l’affiche. Se voir sur grand écran, acteur principal d’une scène qui n’aurait jamais dû se dérouler ainsi, le fait encore pleurer. Peut-être même plus aujourd’hui qu’en 1983.

Quelqu’un est décédé là-dedans et c’est ça qui ne passe pas, martèle André Castonguay, la gorge nouée, les yeux remplis de larmes et les mains tentant de cacher son triste visage.

Il faut plusieurs minutes à l’ancien directeur des enquêtes criminelles du Service de police de Sherbrooke (SPS) pour reprendre son souffle. Pour que les mots qu’il veut dire trouvent leur chemin.

« Dans des événements de même, c’est surréel tout ce qu’il se passe. C’est incroyable. Ce sont des souvenirs qu’on ne veut pas trop réveiller. » André Castonguay

Pendant la distribution des paniers de Noël des policiers, deux hommes assassinent un agent de sécurité de la Brink’s au Carrefour de l’Estrie et repartent avec les 53 000 $ que recèle son camion.

Dès lors, les enquêteurs du Service de police de Sherbrooke s’activent pour retrouver les auteurs de ce funeste cambriolage. On a tout lâché ça pour l’enquête. On a travaillé toute la nuit là-dessus. On était une vingtaine. Il y avait une grosse tempête de neige. On se disait que les individus ne pouvaient pas être loin parce que ça ne circulait pas nulle part, se rappelle André Castonguay.

Tout indique que les suspects recherchés logent au motel Le Châtillon à Rock Forest, dit-il. Une auto volée dans laquelle sont retrouvées des armes est stationnée à proximité, le portrait-robot des suspects correspond au profil des deux occupants d’une chambre, aperçus quittant le motel vers 15 h 45 alors que le vol est commis vers 16 h 15.

On a regardé ce qu’on avait accumulé comme preuve et on avait suffisamment d’éléments pour procéder à des arrestations. C’est difficile ces affaires-là, parce qu’on est toujours dans l’incertitude, explique le retraité de 75 ans.

Tout le motel est évacué à l’exception de la chambre située à côté de celle où dorment les suspects. On ne voulait pas réveiller ceux qu’on venait arrêter, dit-il.

Au petit matin du 23 décembre, tous les policiers sont en place. Tous sont en contrôle. Tous attendent le signal. L’objectif est d’entrer dans la chambre par surprise, une opération d’entrée dynamique visant à surprendre les suspects pendant leur sommeil et les arrêter sans qu’ils aient le temps de réagir.

Lors d’une telle opération, précise André Castonguay, les policiers n’ont que quelques secondes pour procéder entre le moment où ils ouvriront la porte et celui où ils arrêteront les suspects. S’ils prennent trop de temps, leur sécurité est compromise.

Simple sur papier. Plus compliqué dans les faits.

André Castonguay a un rôle crucial : il est le back-up, explique-t-il, celui qui est le plus armé de l’opération et il est placé tout juste derrière celui qui doit ouvrir la porte. Si le premier policier doit regarder droit sur la cible, André Castonguay a le mandat de protéger sa vie, mais aussi celle du reste du groupe.

Le détective responsable de l’opération ouvre tranquillement la porte de la chambre et se tasse dans le corridor. Le premier policier, suivi de très près par André Castonguay, entre dans la chambre et crie : Police! Que personne ne bouge! À ce moment, un des deux suspects tente de se lever du lit. Le premier policier recule, la porte de la chambre se referme et il tire un coup de feu par peur de mourir, dira-t-il plus tard à la Cour.

Pour André Castonguay, il ne fait aucun doute que cette balle a été tirée par un des suspects et que son collègue est atteint. En une fraction de seconde, il repense à ceux qu’il doit protéger et enclenche sa mitraillette.

Je n’ai pas eu le choix d’ouvrir le feu. C’était la protection de tout le monde qui était en jeu. La fenêtre de la chambre donnait sur le boulevard Bourque et il y avait des véhicules qui passaient. On se disait que s’il fallait que ça se mette à tirer, les projectiles auraient pu atteindre les gens qui passaient. On avait tout ça dans la tête.

Au total, ce sont 21 balles que tire André Castonguay en deux secondes au travers de la porte. Quelques projectiles ont même transpercé le mur de la chambre adjacente.

Tout va à une vitesse folle pour tout le monde sauf pour André Castonguay. Je me voyais vraiment à côté de moi. J’avais l’impression de tirer une balle à la minute. Ça ne se pouvait pas : j’avais un pistolet mitrailleur qui tirait 12 balles à la seconde. D’un côté, je me disais que j’allais me faire tuer. C’est ça qui me passait par la tête. Je ne savais pas où il était [le suspect]. Douze balles à la seconde, imagine. J’en ai tiré 21. J’étais sur le pilote automatique. Le chargeur était à bout de bras, le deuxième était rentré dedans. Ça se passe dans le temps de le dire.

Dans la chambre, Serge Beaudoin est retrouvé mort criblé de huit balles sur le sol entre les deux lits. Dans l’autre lit, son collègue, plus chanceux, est blessé sévèrement. Ce n’est qu’à l’hôpital que les policiers réalisent que ces hommes n’ont rien à voir avec le meurtre du Carrefour de l’Estrie : ce sont des poseurs de tapis embauchés par Bell Canada qui dormaient paisiblement après une nuit de travail.

DE RETOUR AU TRAVAIL LE LENDEMAIN

Le policier n’a pas beaucoup de temps pour digérer cette funeste erreur. Dès le lendemain de la fusillade, André Castonguay reprend le boulot. Pas de congé. Pas de suivi sur son état. Pas de rencontre avec un psychologue. Hop, au travail, comme si rien n’était arrivé. C’était une drôle de mentalité à l’époque. Dans les années 1980, ce qu’on disait, c’est qu’on était fait fort. Qu’on était capable de tougher ça.

Des collègues d’ailleurs, qui ont vécu des drames similaires et qui ont l’oreille assez grande pour entendre toute la tristesse qui habite le policier, ne sont cependant pas loin. Plusieurs lèvent la main pour le rassurer, le consoler et l’épauler.

Le lendemain, mon ami, un capitaine de la SQ, qui avait vu les journaux, est descendu tout de suite. C’était un ancien marine américain. Il en a vécu des choses. Il comprenait. C’est lui qui s’est occupé de trouver un avocat. J’avais aussi des amis psychologues que j’avais connus à Nicolet. J’ai placoté avec eux pas mal, confie André Castonguay.

« Tu ne peux pas parler de ça à n’importe qui. C’est comme un mur que tu traverses et il n’y a que ceux qui l’ont traversé qui savent c’est quoi. Quand ça arrive, soit c’est toi, soit tu es un képi sur une tombe. C’est arrivé. Le destin, c’est ça. » André Castonguay

FACE À UN PROCÈS CRIMINEL

L’agenda de l’année 1984 d’André Castonguay est plus que rempli. Entre l’enquête publique du coroner et le procès criminel où il est accusé d’homicide involontaire, il doit se préparer à l’enquête de la Commission de police et faire face aux poursuites civiles.

Tout le ramène à ce matin du 23 décembre où un innocent est mort sous ses balles: quand ce n’est pas les différentes enquêtes et le procès, ce sont les premières pages des journaux où il figure au premier plan ou les tribunes téléphoniques des radios où on discute et analyse ses faits et gestes.

Sans oublier les familles des victimes qui réclament que justice soit faite.

« Pendant le procès, je trouvais ça dur pour la mère de la victime. J’avais envie de lui dire, mais on ne pouvait pas. Je lui dirais aujourd’hui qu’on a fait notre possible, que la vie c’est comme ça. On n’allait pas là avec cette intention. » André Castonguay

Les journées passent, les mois s’égrènent, les années s’écoulent depuis ce matin où le calme quotidien d’André Castonguay s’est transformé en véritable tempête. Malgré le temps qui va, les certitudes restent pour le policier. Je ne me suis jamais senti coupable de ce que j’ai fait même si c’est arrivé. Je suis convaincu que j’ai fait ce que j’avais à faire au moment où je l’ai fait. Point à la ligne. J’ai toujours été en paix avec moi-même là-dedans, mais il y a toujours de la tristesse de rattachée à ça parce que quelqu’un est décédé.

Si c’était dans les mêmes circonstances, j’aurais fait la même affaire. Je ne pouvais pas faire autrement, assure-t-il.

Malgré les demandes des journalistes, André Castonguay a très peu parlé publiquement de l’affaire des poseurs de tapis. Je n’ai jamais ressenti le besoin de le faire, jamais senti le besoin de me justifier. Le procès parlait pour nous autres finalement. Les 12 jurés se tenaient par la main quand ils ont rendu leur verdict. Je n’avais jamais vu ça.

Le 20 octobre 1984, près de dix mois après la fusillade, après trois semaines de procès et une journée et demie de délibérations, le jury le déclare non coupable d’homicide involontaire. Un verdict qu’il écoute en éclatant en sanglots.

Quand il repense à ce jour, André Castonguay pleure à nouveau.

En vieillissant, on devient plus émotif. Si j’ai accepté d’en parler, c’est parce qu’il faut se dire que, dans la vie, on est toujours capable de passer au travers n’importe quelle épreuve. dit-il, non sans compassion.

« Quand tu choisis ce métier-là, c’est pour qu’on ait une meilleure vie tout le monde. Aussi curieux que ça puisse paraître, mais pour sauver des vies, des fois tu es obligé de… Je ne souhaite pas ça à personne. » André Castonguay

LE CŒUR TOUJOURS LOURD

Dix ans après le drame, même si au plus profond de lui-même, André Castonguay a la certitude d’avoir pris les bonnes décisions et d’avoir posé les bons gestes ce jour-là, même s’il est acquitté d’une accusation d’homicide involontaire, le policier a le cœur lourd, son esprit divague régulièrement vers ces douloureux souvenirs et il cherche sans cesse des réponses à ces questions qui surgissent à tout moment. Son quotidien n’est plus ce qu’il était et même son couple en paye le prix.

À revoir sans cesse ces images, André Castonguay n’en peut plus : soit il avale une bonne fois pour toutes ce qu’il s’est passé au Chatillon, soit il en finit avec cette vie qui lui en a fait baver plus souvent qu’à son tour.

Je suis parti ailleurs pour faire le vide, pour savoir où j’étais rendu dans tout ça. J’ai mis les points sur les i et les barres sur les t. Je me suis requinqué et je me suis dit que la vie continuait, que j’avais un travail, qu’il y avait des gens qui voulaient que je fasse ma job d’enquêteur comme dans les dossiers d’Isabelle Bolduc et de Julie Boisvenu. Ces gens-là se fient à toi. Tu le fais pour les autres, pour un mieux-vivre dans le monde. C’est notre petite partie, notre petit apport dans la vie.

Cette rencontre avec lui-même a l’effet escompté : les idées noires se sont dissipées et il ne cherche plus à donner un sens à la tragédie. C’est arrivé, ça m’est arrivé. C’est tout. Il n’y a rien d’autre à comprendre.

Quant aux deux auteurs du meurtre de l’agent de la Brink’s, André Castonguay soutient qu’ils ont été retrouvés quelques années plus tard alors qu’ils commettaient un crime similaire à Houston, aux États-Unis.

Source : Geneviève Proulx, Radio Canada/Estrie