Quand la réalité dépasse la fiction

Photo: Radio Canada

Je sais que plusieurs d’entre vous êtes des téléspectateurs de la série District 31, diffusée à Radio-Canada 4 jours sur 7. Cette fiction dans son ensemble est le reflet quasi parfait de ce qui se passe dans un poste de police et précisément au niveau des enquêtes criminelles.

Mais qu’arrive-t-il quand la réalité dépasse la fiction ? L’histoire vraie qui suit ramène à la dure réalité une intervention policière d’André Castonguay et d’une équipe de policiers, le 23 décembre 1983. Des conséquences qui le hantent encore…

VIVRE AVEC LA MORT D’UN INNOCENT SUR LA CONSCIENCE

Les larmes ne sont jamais loin quand André Castonguay évoque les événements du 23 décembre 1983. Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

C’est le 22 décembre 1983. Les sapins illuminent les salons de plusieurs maisonnées sherbrookoises. Sainte Nuit et Vive le vent tournent en boucle à la radio. De gros flocons tombent dans les rues. André Castonguay et des collègues policiers distribuent des paniers de Noël à des gens pour qui les Fêtes seront plus difficiles. À ce moment, rien ne laisse présager que le policier sherbrookois abattra, moins de 24 heures plus tard, un homme innocent, un poseur de tapis qui se trouvait au mauvais endroit à un bien mauvais moment.

Ça se déroule tellement vite. Les décisions, on doit les prendre à pleine vitesse. Sur le moment, je n’étais même pas certain de m’en sortir. J’avais l’impression que je n’avais pas réagi assez rapidement, relate l’homme qui revient publiquement sur « l’affaire des poseurs de tapis » pour une première fois depuis ce fatidique jour.

Le drame a non seulement marqué l’imaginaire des Sherbrookois, mais celui de nombreux Québécois qui voyaient les événements défrayer quotidiennement les manchettes des médias.

Plus de 35 ans après les événements, tout est encore frais dans la mémoire d’André Castonguay. C’est comme un film en très haute définition qu’il n’aime toutefois pas remettre à l’affiche. Se voir sur grand écran, acteur principal d’une scène qui n’aurait jamais dû se dérouler ainsi, le fait encore pleurer. Peut-être même plus aujourd’hui qu’en 1983.

Quelqu’un est décédé là-dedans et c’est ça qui ne passe pas, martèle André Castonguay, la gorge nouée, les yeux remplis de larmes et les mains tentant de cacher son triste visage.

Il faut plusieurs minutes à l’ancien directeur des enquêtes criminelles du Service de police de Sherbrooke (SPS) pour reprendre son souffle. Pour que les mots qu’il veut dire trouvent leur chemin.

« Dans des événements de même, c’est surréel tout ce qu’il se passe. C’est incroyable. Ce sont des souvenirs qu’on ne veut pas trop réveiller. » André Castonguay

Pendant la distribution des paniers de Noël des policiers, deux hommes assassinent un agent de sécurité de la Brink’s au Carrefour de l’Estrie et repartent avec les 53 000 $ que recèle son camion.

Dès lors, les enquêteurs du Service de police de Sherbrooke s’activent pour retrouver les auteurs de ce funeste cambriolage. On a tout lâché ça pour l’enquête. On a travaillé toute la nuit là-dessus. On était une vingtaine. Il y avait une grosse tempête de neige. On se disait que les individus ne pouvaient pas être loin parce que ça ne circulait pas nulle part, se rappelle André Castonguay.

Tout indique que les suspects recherchés logent au motel Le Châtillon à Rock Forest, dit-il. Une auto volée dans laquelle sont retrouvées des armes est stationnée à proximité, le portrait-robot des suspects correspond au profil des deux occupants d’une chambre, aperçus quittant le motel vers 15 h 45 alors que le vol est commis vers 16 h 15.

On a regardé ce qu’on avait accumulé comme preuve et on avait suffisamment d’éléments pour procéder à des arrestations. C’est difficile ces affaires-là, parce qu’on est toujours dans l’incertitude, explique le retraité de 75 ans.

Tout le motel est évacué à l’exception de la chambre située à côté de celle où dorment les suspects. On ne voulait pas réveiller ceux qu’on venait arrêter, dit-il.

Au petit matin du 23 décembre, tous les policiers sont en place. Tous sont en contrôle. Tous attendent le signal. L’objectif est d’entrer dans la chambre par surprise, une opération d’entrée dynamique visant à surprendre les suspects pendant leur sommeil et les arrêter sans qu’ils aient le temps de réagir.

Lors d’une telle opération, précise André Castonguay, les policiers n’ont que quelques secondes pour procéder entre le moment où ils ouvriront la porte et celui où ils arrêteront les suspects. S’ils prennent trop de temps, leur sécurité est compromise.

Simple sur papier. Plus compliqué dans les faits.

André Castonguay a un rôle crucial : il est le back-up, explique-t-il, celui qui est le plus armé de l’opération et il est placé tout juste derrière celui qui doit ouvrir la porte. Si le premier policier doit regarder droit sur la cible, André Castonguay a le mandat de protéger sa vie, mais aussi celle du reste du groupe.

Le détective responsable de l’opération ouvre tranquillement la porte de la chambre et se tasse dans le corridor. Le premier policier, suivi de très près par André Castonguay, entre dans la chambre et crie : Police! Que personne ne bouge! À ce moment, un des deux suspects tente de se lever du lit. Le premier policier recule, la porte de la chambre se referme et il tire un coup de feu par peur de mourir, dira-t-il plus tard à la Cour.

Pour André Castonguay, il ne fait aucun doute que cette balle a été tirée par un des suspects et que son collègue est atteint. En une fraction de seconde, il repense à ceux qu’il doit protéger et enclenche sa mitraillette.

Je n’ai pas eu le choix d’ouvrir le feu. C’était la protection de tout le monde qui était en jeu. La fenêtre de la chambre donnait sur le boulevard Bourque et il y avait des véhicules qui passaient. On se disait que s’il fallait que ça se mette à tirer, les projectiles auraient pu atteindre les gens qui passaient. On avait tout ça dans la tête.

Au total, ce sont 21 balles que tire André Castonguay en deux secondes au travers de la porte. Quelques projectiles ont même transpercé le mur de la chambre adjacente.

Tout va à une vitesse folle pour tout le monde sauf pour André Castonguay. Je me voyais vraiment à côté de moi. J’avais l’impression de tirer une balle à la minute. Ça ne se pouvait pas : j’avais un pistolet mitrailleur qui tirait 12 balles à la seconde. D’un côté, je me disais que j’allais me faire tuer. C’est ça qui me passait par la tête. Je ne savais pas où il était [le suspect]. Douze balles à la seconde, imagine. J’en ai tiré 21. J’étais sur le pilote automatique. Le chargeur était à bout de bras, le deuxième était rentré dedans. Ça se passe dans le temps de le dire.

Dans la chambre, Serge Beaudoin est retrouvé mort criblé de huit balles sur le sol entre les deux lits. Dans l’autre lit, son collègue, plus chanceux, est blessé sévèrement. Ce n’est qu’à l’hôpital que les policiers réalisent que ces hommes n’ont rien à voir avec le meurtre du Carrefour de l’Estrie : ce sont des poseurs de tapis embauchés par Bell Canada qui dormaient paisiblement après une nuit de travail.

DE RETOUR AU TRAVAIL LE LENDEMAIN

Le policier n’a pas beaucoup de temps pour digérer cette funeste erreur. Dès le lendemain de la fusillade, André Castonguay reprend le boulot. Pas de congé. Pas de suivi sur son état. Pas de rencontre avec un psychologue. Hop, au travail, comme si rien n’était arrivé. C’était une drôle de mentalité à l’époque. Dans les années 1980, ce qu’on disait, c’est qu’on était fait fort. Qu’on était capable de tougher ça.

Des collègues d’ailleurs, qui ont vécu des drames similaires et qui ont l’oreille assez grande pour entendre toute la tristesse qui habite le policier, ne sont cependant pas loin. Plusieurs lèvent la main pour le rassurer, le consoler et l’épauler.

Le lendemain, mon ami, un capitaine de la SQ, qui avait vu les journaux, est descendu tout de suite. C’était un ancien marine américain. Il en a vécu des choses. Il comprenait. C’est lui qui s’est occupé de trouver un avocat. J’avais aussi des amis psychologues que j’avais connus à Nicolet. J’ai placoté avec eux pas mal, confie André Castonguay.

« Tu ne peux pas parler de ça à n’importe qui. C’est comme un mur que tu traverses et il n’y a que ceux qui l’ont traversé qui savent c’est quoi. Quand ça arrive, soit c’est toi, soit tu es un képi sur une tombe. C’est arrivé. Le destin, c’est ça. » André Castonguay

FACE À UN PROCÈS CRIMINEL

L’agenda de l’année 1984 d’André Castonguay est plus que rempli. Entre l’enquête publique du coroner et le procès criminel où il est accusé d’homicide involontaire, il doit se préparer à l’enquête de la Commission de police et faire face aux poursuites civiles.

Tout le ramène à ce matin du 23 décembre où un innocent est mort sous ses balles: quand ce n’est pas les différentes enquêtes et le procès, ce sont les premières pages des journaux où il figure au premier plan ou les tribunes téléphoniques des radios où on discute et analyse ses faits et gestes.

Sans oublier les familles des victimes qui réclament que justice soit faite.

« Pendant le procès, je trouvais ça dur pour la mère de la victime. J’avais envie de lui dire, mais on ne pouvait pas. Je lui dirais aujourd’hui qu’on a fait notre possible, que la vie c’est comme ça. On n’allait pas là avec cette intention. » André Castonguay

Les journées passent, les mois s’égrènent, les années s’écoulent depuis ce matin où le calme quotidien d’André Castonguay s’est transformé en véritable tempête. Malgré le temps qui va, les certitudes restent pour le policier. Je ne me suis jamais senti coupable de ce que j’ai fait même si c’est arrivé. Je suis convaincu que j’ai fait ce que j’avais à faire au moment où je l’ai fait. Point à la ligne. J’ai toujours été en paix avec moi-même là-dedans, mais il y a toujours de la tristesse de rattachée à ça parce que quelqu’un est décédé.

Si c’était dans les mêmes circonstances, j’aurais fait la même affaire. Je ne pouvais pas faire autrement, assure-t-il.

Malgré les demandes des journalistes, André Castonguay a très peu parlé publiquement de l’affaire des poseurs de tapis. Je n’ai jamais ressenti le besoin de le faire, jamais senti le besoin de me justifier. Le procès parlait pour nous autres finalement. Les 12 jurés se tenaient par la main quand ils ont rendu leur verdict. Je n’avais jamais vu ça.

Le 20 octobre 1984, près de dix mois après la fusillade, après trois semaines de procès et une journée et demie de délibérations, le jury le déclare non coupable d’homicide involontaire. Un verdict qu’il écoute en éclatant en sanglots.

Quand il repense à ce jour, André Castonguay pleure à nouveau.

En vieillissant, on devient plus émotif. Si j’ai accepté d’en parler, c’est parce qu’il faut se dire que, dans la vie, on est toujours capable de passer au travers n’importe quelle épreuve. dit-il, non sans compassion.

« Quand tu choisis ce métier-là, c’est pour qu’on ait une meilleure vie tout le monde. Aussi curieux que ça puisse paraître, mais pour sauver des vies, des fois tu es obligé de… Je ne souhaite pas ça à personne. » André Castonguay

LE CŒUR TOUJOURS LOURD

Dix ans après le drame, même si au plus profond de lui-même, André Castonguay a la certitude d’avoir pris les bonnes décisions et d’avoir posé les bons gestes ce jour-là, même s’il est acquitté d’une accusation d’homicide involontaire, le policier a le cœur lourd, son esprit divague régulièrement vers ces douloureux souvenirs et il cherche sans cesse des réponses à ces questions qui surgissent à tout moment. Son quotidien n’est plus ce qu’il était et même son couple en paye le prix.

À revoir sans cesse ces images, André Castonguay n’en peut plus : soit il avale une bonne fois pour toutes ce qu’il s’est passé au Chatillon, soit il en finit avec cette vie qui lui en a fait baver plus souvent qu’à son tour.

Je suis parti ailleurs pour faire le vide, pour savoir où j’étais rendu dans tout ça. J’ai mis les points sur les i et les barres sur les t. Je me suis requinqué et je me suis dit que la vie continuait, que j’avais un travail, qu’il y avait des gens qui voulaient que je fasse ma job d’enquêteur comme dans les dossiers d’Isabelle Bolduc et de Julie Boisvenu. Ces gens-là se fient à toi. Tu le fais pour les autres, pour un mieux-vivre dans le monde. C’est notre petite partie, notre petit apport dans la vie.

Cette rencontre avec lui-même a l’effet escompté : les idées noires se sont dissipées et il ne cherche plus à donner un sens à la tragédie. C’est arrivé, ça m’est arrivé. C’est tout. Il n’y a rien d’autre à comprendre.

Quant aux deux auteurs du meurtre de l’agent de la Brink’s, André Castonguay soutient qu’ils ont été retrouvés quelques années plus tard alors qu’ils commettaient un crime similaire à Houston, aux États-Unis.

Source : Geneviève Proulx, Radio Canada/Estrie

Le hockey amateur, c’est d’abord un jeu

Récemment, alors que je furetais sur Facebook, je suis tombé sur l’article d’un père, instructeur de son fils gardien de but, bouleversant mais combien criant de vérité.

Même si ce billet a été publié le 20 novembre 2017, il est toujours d’actualité, quand on constate la réaction, et souvent l’imbécillité des gérants d’estrades, qui comparent ces enfants à des professionnels.

Il faut toujours se rappeler qu’à tous les niveaux amateurs et particulièrement chez des enfants, le hockey demeure un jeu, un divertissement, une forte dose d’activité physique pour leur développement, tout ce qui a de plus normal. Ils s’amusent sans aucune animosité, ils jouent !

Il est possible que vous l’aviez déjà lu. C’est la raison pour laquelle je vous le partage aujourd’hui… il mérite d’être relu et partagé.

PAPA… J’AI ÉTÉ POCHE ! Nikk Leclerc

Cette semaine, l’équipe de mon fils a encaissé une défaite de 6-0. En tant qu’entraîneur, ce ne fut pas quelque chose de très agréable, mais en tant que père, ce fut atroce. Lorsque mon fils a levé la tête au ciel, puis a posé un regard en ma direction, après avoir concédé le 6e but, j’ai pu ressentir exactement ce qu’il a ressenti. Il m’est arrivé souvent de perdre des parties par un score de ce genre, mais en tant qu’adulte, il est plus facile de relativiser les choses, de me reconstruire et grandir dans la défaite.

Après le match, Zak a quitté son filet en se dirigeant vers le banc des joueurs où je me trouvais. Plus il avançait, plus je pouvais déceler les larmes de chagrin qui coulaient sur son visage. C’est à ce moment que j’ai compris l’ampleur de la situation. Je l’ai alors pris dans mes bras et lui ai simplement dit que j’étais fier de lui et qu’il avait bien joué. C’est à ce moment précis que mon rôle de père, de coach et de motivateur commençait.

Premièrement, j’aimerais mettre en relief le fait que la position de gardien de but est selon moi non seulement la plus difficile physiquement, mais surtout la plus exigeante mentalement. Il est extrêmement difficile de la jouer pour un adolescent et pour un adulte alors imaginez pour un enfant. La pression qu’ils doivent gérer à chaque match est extrêmement grande, s’ils sont passionnés et concernés par leur position et leur sport, bien sûr. Il est alors important de discuter constamment avec son enfant à propos de ce qu’il vit et de comment il perçoit sa responsabilité au sein de son équipe.

Tout d’abord, il doit savoir qu’il n’est pas seul dans l’équipe et qu’il n’est pas le seul responsable lorsqu’un but est compté contre lui. Il doit aussi prendre conscience qu’il est la dernière barrière avant le but et que dans la plupart des cas le but est la conséquence de plusieurs erreurs commises devant lui dont il n’est en aucun cas responsable. Un revirement, une mauvaise passe, une échappée, une déviation et une multitude d’autres erreurs qui bien souvent résultent en un but. L’enfant jouera alors de façon plus détendue sachant qu’il n’est pas nécessairement et systématiquement responsable de chaque but compté contre lui. Il est important d’enlever le maximum de pression qui n’appartient pas à l’enfant pour qu’il puisse performer à son aise. Il est toutefois important de noter qu’il ne doit pas systématiquement mettre la faute sur le restant de son équipe et qu’il doit accepter que parfois il est responsable de par son positionnement, sa mauvaise lecture du jeu ou tout autre raison qui résulte en un but.

Deuxièmement, il est aussi très important de bâtir sa confiance. La confiance est selon moi le côté le plus important de l’aspect psychologique d’un gardien de but. Plus un enfant est en confiance, plus il défiera les lancers, prendra de la place devant le filet et anticipera avec justesse les jeux qui se dessinent devant lui. Donc, il est important de toujours souligner les points positifs après une rencontre comme ses arrêts clefs, ses bons coups, sa concentration, son positionnement et ses déplacements. Je prends toujours un moment dans l’auto après le match pour revenir sur des moments précis de la pratique ou de la partie d’où nous revenons en mentionnant avec émotion les bons coups qu’il a accomplis. Si j’ai un commentaire plus négatif à lui faire, je m’assure de le dissimuler entre deux commentaires positifs.

Finalement, n’oublions jamais que malgré ce qu’en pensent certains imbéciles que l’on entend s’exprimer, plus souvent qu’autrement, dans les lignes ouvertes ou dans les estrades de nos arénas, un gardien donne généralement son 100%. Je n’ai jamais vu un gardien se rendre à un match en se disant: « ce soir, j’ai le goût d’avoir l’air poche. Je vais en laisser passer une couple, ça me tente d’avoir l’air fou ce soir ». Malheureusement, pour trop de gens, lorsqu’il y a un but, c’est automatiquement la faute du gardien. C’est triste comme cela.

Nous ne devrions plus entendre des choses comme: « il a été faible sur celui-là, c’est une vraie passoire, va falloir qu’il commence à faire les arrêts » et toutes les autres choses immondes que l’on peut entendre parfois. Mettons-nous dans la tête qu’un gardien de but est un être humain qui connaît des hauts et des bas comme tout le monde et qui peut aussi connaître des moins bonnes performances. N’oubliez surtout pas que c’est le seul qui n’a pas le loisir de se la couler douce un soir où il a le goût de moins en faire.

Soyons donc plus indulgents avec nos gardiens de but et continuons d’encourager nos enfants qui ont le courage de prendre le fardeau et la pression qui viennent avec cette position que j’adore et que j’aimerai toujours.

« GOOD JOB POUR TA BELLE PARTIE MON ZAK, JE T’AIME ! »

Des honoraires insensés

Aujourd’hui, les services de professionnels comme les avocats et les notaires, ne sont pas donnés. Pour les avocats, il y a bien l’aide juridique si vous êtes sans le sou, mais les notaires, les honoraires peuvent être exorbitants et quelques fois carrément démesurés en regard du montant en litige.

C’est l’histoire que Stéphanie Grammond racontait dans La Presse+ du 12 janvier dernier et que je veux partager avec vous. C’est assez impressionnant comme honoraires et surtout inconcevable. Jugez-en par vous-même… et méfiez-vous ! Le compteur des heures d’honoraires roule à la vitesse grand V, et pas pour des pinottes.

DES FRAIS DE 12 000 $ POUR ENCAISSER UN CHÈQUE DE 15 000 $ Stéphanie Grammond

Aucun bon sens ! La Chambre des notaires a beau m’expliquer qu’il n’y a pas de faute déontologique. Les banques peuvent bien me répéter que le système fonctionne comme ça.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que ça n’a aucun sens qu’un notaire force quelqu’un à payer 12 285 $ d’honoraires et de frais pour encaisser un chèque de près de 15 000 $.

Excusez-moi, mais ça ressemble à de l’extorsion.

Laissez-moi vous raconter l’histoire invraisemblable d’Elena Oxengendler. En août 2017, elle a réalisé une transaction immobilière avec son père, à la suite de laquelle le notaire David Toledano leur a remis un chèque de 14 901 $.

Les clients ont tenté d’encaisser le chèque à partir de l’application mobile de leur banque. Mais le dépôt a été refusé après coup, car le compte était uniquement au nom du père, alors que le chèque était à son nom et à celui de sa fille.

Le malheur, c’est que la famille a ensuite perdu le chèque, convaincue qu’elle n’en aurait plus besoin après l’avoir pris en photo pour le déposer.

Qu’à cela ne tienne. Mme Oxengendler croyait que le notaire pourrait annuler le premier chèque et lui en faire un autre. Ç’aurait été trop simple !

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Pour protéger son compte en fidéicommis, le notaire lui a plutôt demandé de prendre une assurance cautionnement. Il craignait que quelqu’un puisse encaisser le premier chèque, même s’il était annulé.

« La banque ne nous garantit pas que le chèque ne passerait jamais s’il était présenté à une succursale ; dans ce cas, la banque ne prendrait pas de responsabilité », a écrit à sa cliente Me Toledano, qui n’a jamais répondu à mes appels et courriels.

Il est vrai que les banques laissent passer de nombreuses erreurs : des chèques encaissés en double ou en triple, des montants falsifiés, des chèques périmés encaissés après plus de six mois en circulation.

Demander un arrêt de paiement ne garantit rien.

La preuve ? Sur son formulaire d’opposition de paiement, la banque du notaire précise que « le soussigné dégage la Banque de toute responsabilité relative à toute réclamation découlant du paiement du chèque précité malgré l’opposition le frappant ».

Bref, si le chèque passe en double, c’est le problème du client ! Je ne comprends pas que les banques, qui devraient être le maillon fort du système de paiement, ne jouent pas mieux leur rôle.

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Toujours est-il que Mme Oxengendler s’est mise à la recherche d’une assurance de cautionnement. Elle est passée à travers la longue liste d’assureurs fournie par le notaire. Elle a fait appel à un courtier. Mais elle n’a trouvé aucun assureur offrant cette protection.

Dans l’impasse, la dame a finalement offert à son notaire de se porter personnellement garante du premier chèque, au cas où il serait retrouvé et encaissé.

Mais le notaire a rejeté cette proposition. Il ne voulait pas se soucier d’avoir à la poursuivre pour récupérer les fonds. Il craignait aussi que la cliente puisse un jour être insolvable.

Cela semble plutôt improbable puisque Mme Oxengendler est médecin résidente en radiologie et qu’elle possède déjà un immeuble d’une valeur importante.

De son côté, la Chambre des notaires ne trouve rien à redire aux exigences du notaire. S’il prend le risque que le chèque soit encaissé en double, « il engage sa responsabilité professionnelle et surtout il met à risque l’argent de ses autres clients (dans son compte en fidéicommis) », m’a expliqué la porte-parole de la Chambre, Johanne Dufour.

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C’est ainsi que 16 mois après la transaction, l’argent reste bloqué dans le compte en fidéicommis du notaire.

Celui-ci a finalement décidé que la seule solution totalement sûre consiste à fermer son compte en fidéicommis et à en ouvrir un nouveau pour s’assurer que le chèque ne puisse jamais être encaissé en double.

En novembre dernier, il a fini par envoyer à sa cliente une facture de 12 264 $ qui inclut:

– 2850 $ de frais d’administration pour son compte en fidéicommis (175 $ par mois) ;

– 5062 $ d’honoraires (20 heures à 250 $ l’heure) ;

– 1770 $ de frais d’ouverture du nouveau compte en fidéicommis.

Cette facture est complètement disproportionnée. Mme Oxengendler est prise en otage. Si elle ne paie pas, elle ne touchera jamais son argent.

Elle a bien tenté de porter plainte à la Chambre des notaires, mais ses démarches sont restées vaines. Ni le syndic ni le comité de révision n’ont relevé d’erreur déontologique dans le comportement du notaire.

Pourtant, l’article 49 du Code de déontologie des notaires précise que le notaire doit exiger des honoraires « justes et raisonnables » compte tenu des circonstances et des services rendus.

Une facture de 12 000 $ pour encaisser un chèque de 15 000 $, vous trouvez ça juste et raisonnable ? Pas moi !

Selon l’article 51 du Code, le notaire doit aussi « prévenir le client du coût approximatif de ses services ». Pourtant, Mme Oxengendler n’a jamais été avertie de la facture astronomique qui la guettait. « J’avais la suspicion que ça allait mal tourner, mais jamais que ça me coûterait 12 000 $ ! », s’exclame-t-elle.

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Pour tenter de régler le problème, la Chambre des notaires a dirigé la dame vers son service de conciliation des honoraires, qui traite près de 150 dossiers par année. Désabusée, Mme Oxengendler a soumis son dossier. « Le montant de la facture est tellement astronomique que j’ai de faibles espoirs quant à l’efficacité de ce processus », dit-elle.

Chose certaine, sa mésaventure met en lumière les risques auxquels les clients des notaires sont exposés.

Actuellement, la Chambre et le Fonds d’assurance responsabilité professionnelle essaient de trouver une solution pour combler cette lacune flagrante du système. Espérons qu’ils accoucheront d’une solution au plus vite.

Conducteurs sous l’influence du cannabis

Cannabis, c’est le mot à la mode par les temps qui courent. À voir les files d’attente aux succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC), c’est assez évocateur des « progrès » de notre société, selon plusieurs Québécois. Mais on sait que conduire sous l’influence de l’alcool est interdit et conduire sous l’influence du cannabis l’est aussi et encore plus depuis sa légalisation.

Tristan Péloquin et Philippe Mercure en on fait un dossier complet et très intéressant dans La Presse+ du 20 octobre dernier, et c’est ce que je veux partager avec vous.

VULNÉRABLES FACE À L’IMPRÉVU

Conduire après avoir consommé du cannabis augmente les risques d’accident, la science le confirme. Mais une petite expérience menée par La Presse avec quatre volontaires fumeurs de pot et un simulateur de CAA-Québec a donné des résultats étonnants, qui sont aussi en phase avec ce que dit la science. Autopsie de la délicate question de la conduite sous l’influence du cannabis.

CONDUITE SOUS L’INFLUENCE DU CANNABIS
DES RÉSULTATS SURPRENANTS Philippe Mercure

David jette des coups d’œil réguliers à son rétroviseur. Dans la voie de droite, une voiture persiste à rouler dans son angle mort.

Le simulateur de conduite lui impose de changer de voie. David actionne le clignotant, puis fixe le rétroviseur pour surveiller le comportement de l’embêtante voiture. Dans sa propre voie, devant, le trafic ralentit brusquement. Mais David ne le voit pas. Lorsqu’il ramène finalement le regard vers l’avant, il est trop tard pour freiner. David donne un coup de volant et évite de justesse un accident.

« C’est quoi, ça ! C’est un piège ! », s’exclame-t-il. Il continuera longtemps à prétendre que la situation a été « arrangée ». Sur sa feuille de pointage, Daniel Fortier, coordonnateur de sécurité routière à CAA-Québec, prend des notes. « Esquive obligée car pas assez attentif à l’avant. Sentiment de persécution ! », écrit-il.

Nous sommes chez CAA-Québec, dans un simulateur de conduite. David a devant lui le volant et le tableau de bord d’une Pontiac Sunfire. Trois écrans offrent une vue à 180 degrés d’une autoroute à quatre voies. Sa mission : faire des changements de voie quand on le lui demande.

Le jeune homme n’est pas dans son état normal. Deux heures et demie avant ce brusque coup de volant, il a fumé la moitié d’un joint bien dodu roulé avec du Sierra Fleur, une variété de pot achetée la veille par La Presse à la Société québécoise du cannabis. Il participe à une petite expérience que nous avons mise sur pied afin d’illustrer les dangers de la consommation de pot au volant.

« GELÉ » DANS LE SIMULATEUR

Jeudi, au lendemain de la légalisation du cannabis, nous avons demandé à quatre volontaires âgés de 24 à 31 ans et expérimentés avec le cannabis de tester leurs habiletés de conduite sur un simulateur. Nos participants ont d’abord fait l’exercice à jeun. Puis, ils ont chacun fumé un joint de la grosseur de leur choix, roulé à partir d’une sélection de cannabis de différentes intensités proposée par La Presse. Sous la supervision d’un infirmier, ils ont refait les tests tout de suite après avoir fumé, puis environ deux heures et demie après (voir onglet suivant pour notre méthodologie).

Parce que certains de nos participants travaillent auprès du public et que d’autres craignaient des problèmes à la frontière américaine, ils nous ont demandé de taire leur nom de famille. Le test de changements de voie a été choisi par CAA-Québec parce que les événements présentés aux participants sont générés de façon aléatoire, ce qui diminue l’apprentissage que peuvent faire nos volontaires en répétant l’exercice.

« C’est un scénario qui teste les capacités cognitives. Pour faire un bon changement de voie, il faut aller chercher toutes les informations disponibles et les analyser correctement. »

— Daniel Fortier, coordonnateur de sécurité routière à CAA-Québec

Notre petite expérience n’a aucune prétention scientifique. Elle permet néanmoins d’illustrer quelques constats observés lors de véritables études et qui montrent une chose : la relation entre pot et conduite est tout sauf simple.

David, malgré le fait qu’il ait frôlé un accident sous l’influence du cannabis, a réussi l’ensemble de l’exercice avec brio. Deux heures et demie après avoir fumé son joint, il a fait 14 changements de voie parfaits… contre seulement 6 lorsqu’il était à jeun.

« On a eu un excellent parcours… et le pire changement de voie qu’on a vu aujourd’hui », résume le formateur Daniel Fortier. La remarque illustre à elle seule toute l’ambiguïté de la conduite sous l’influence du cannabis.

Dans l’ensemble, et de façon très surprenante, nos participants ont obtenu de meilleures notes après avoir fumé leur joint qu’avant. Deux heures et demie après avoir fumé, deux d’entre eux ont même réussi à accumuler assez de points pour franchir le fil d’arrivée du parcours, un exploit qui n’avait pas été réalisé à jeun.

« Je ne m’attendais pas à voir des 100 % aujourd’hui », a admis le coordonnateur en sécurité routière Daniel Fortier. Les participants ont cependant dit, après les simulations, s’être habitués à cette routine.

DES PARTICIPANTS BIEN SONNÉS

Nos participants ont joué le jeu à fond et n’ont pas épargné leurs neurones. « Hééé bo-boy ! », s’est exclamée Karine en pénétrant dans les locaux de CAA-Québec, en rentrant du terrain vague où elle avait fumé son joint. Les néons de l’endroit, semble-t-il, ont produit une forte impression sur la jeune femme.

Invitée à noter son buzz sur une échelle de 1 à 10, Karine n’a eu aucune hésitation. « Dix ! », a-t-elle répondu.

Lors du dîner, les croustilles ont provoqué un engouement typique des légendaires « trips de bouffe » des fumeurs de pot. David en a même brandi une en l’examinant longtemps. « C’est vraiment une belle chip », a-t-il observé. Et lorsque le formateur Daniel Fortier a raconté avoir déjà lui-même percuté quatre chevreuils au volant, Karine a éclaté d’un fou rire de plusieurs minutes, les yeux inondés de larmes.

« Je ne prendrais jamais le volant comme ça », a d’ailleurs déclaré la jeune femme en s’installant derrière celui du simulateur, à peine 15 minutes après avoir inhalé son joint bourré de pot Blue Dream. Au terme de l’exercice, elle était surprise d’avoir amélioré sa performance.

« Dès que j’ai commencé à conduire, j’étais complètement dedans. Je n’avais pas le sentiment d’être stressée. Je n’étais pas pressée, je ne sentais pas l’espèce de pression sociale qui fait qu’on a toujours l’impression de courir », dit-elle.

DÉPOURVUS DEVANT L’IMPRÉVU

De façon générale, Daniel Fortier a noté que les participants conduisaient de façon plus « zen » après avoir fumé. Plusieurs études ont montré que les conducteurs sous l’influence du cannabis conduisent en fait plus lentement et prennent moins de risques pour essayer de compenser l’altération de leurs capacités.

« Même s’ils ont de meilleures notes, ils ont des temps de réaction plus lents. On voit qu’ils fixent davantage certaines choses et qu’ils ne gèrent pas l’imprévu de la même façon. »

— Daniel Fortier, coordonnateur de sécurité routière à CAA-Québec

La semaine dernière, des chercheurs de l’Université McGill ont dévoilé une étude menée auprès de 45 participants de 18 à 24 ans. Ils ont observé que la consommation de 100 mg de cannabis n’avait pas altéré de façon significative leur capacité à faire des tâches simples comme freiner, tourner le volant, contourner des obstacles ou traverser des intersections.

Mais les chercheurs ont ensuite complexifié les choses en faisant apparaître des objets dans le champ périphérique des conducteurs et en ajoutant des distractions. Les participants se sont alors avérés moins bons s’ils affrontaient ces tâches pour la première fois sous l’influence du cannabis. Fait surprenant, la baisse de performance a été notée trois heures et cinq heures après avoir consommé le cannabis, mais pas une heure après la consommation. Dans l’heure suivant la consommation, les chercheurs ont même noté que les conducteurs étaient plus vigilants.

« C’est un résultat inattendu qui va devoir être examiné de plus près », indique Isabelle Gélinas, professeure à l’École de physiothérapie et d’ergothérapie de l’Université McGill et coauteure de l’étude. Selon elle, l’expérience montre que le cannabis empêche de bien gérer les situations complexes et imprévues jusqu’à cinq heures après la consommation.

« La conduite n’est jamais une tâche simple, fait remarquer la chercheuse. Quand on conduit, il faut être à l’affût de ce qui se présente et on a souvent des décisions assez complexes à prendre. Oui, il y a de l’automatisme dans la conduite, mais il faut être capable d’en sortir. Et c’est ce que les gens sous l’influence du cannabis ont de la difficulté à faire. »

DE BONNES NOTES, MAIS…

Malgré les bonnes notes de nos participants sous l’influence du cannabis, nous avons aussi observé quelques situations troublantes. En plus de David qui a frôlé la catastrophe, Karine a freiné brusquement pour une raison difficile à comprendre pendant l’exercice, en roulant brièvement à 40 km/h dans une zone de 100 km/h.

Deux heures et demie après avoir fumé son joint, Marc-Antoine a démarré sa voiture le pied enfoncé sur l’accélérateur plutôt que sur la pédale de frein. Il en était pourtant à sa troisième utilisation du simulateur.

Ces petits détails, qui n’ont pas influencé la note finale des participants, sont toutefois révélateurs.

« On peut penser qu’on est en plein contrôle pour conduire après avoir fumé un joint, mais ce n’est pas le cas ! dit Nicolas Tétreault, biochimiste clinique et membre de l’Ordre des chimistes du Québec, cité dans un communiqué de CAA-Québec. C’est un peu comme conduire sans vos réflexes, votre jugement, votre concentration et sans savoir à quelle distance se trouve la voiture devant vous. »

LES EFFETS DU CANNABIS AU VOLANT

Par le passé, d’autres études ont montré que les conducteurs sous l’influence du cannabis…

Réagissent plus lentement à diverses situations ;

Sont moins bons pour conserver leur position dans une voie ;

Peinent à maintenir une vitesse constante ;

Ont une moins bonne attention ;

Sont moins bons pour planifier un trajet ;

Conduisent plus lentement et tendent à prendre moins de risques pour essayer de compenser la diminution perçue de leurs capacités ;

Sont plus vigilants que lorsqu’ils sont à jeun ;

Réagissent moins bien aux situations inattendues et aux longues périodes de conduite monotones.

CONDUITE SOUS L’INFLUENCE DU CANNABIS
COBAYES MIS À L’ÉPREUVE Tristan Péloquin

Notes méthodologiques

Nous avons offert à nos quatre participants de se rouler un joint avec l’une des trois différentes variétés de cannabis que nous avons achetées légalement à la SQDC (intensité modérée, moyenne, élevée). Le poids du joint a été mesuré avant et après l’expérience afin de connaître la quantité consommée. Les simulations se sont déroulées jeudi dernier à l’école de conduite de CAA-Québec, sous la supervision de l’infirmier Paul Lavoie, qui se spécialise dans le traitement de patients avec du cannabis médical. Les participants devaient réussir le maximum d’étapes possibles. Par la suite, les participants sont rentrés chez eux avec un service de transport offert par La Presse.

KARINE 28 ANS

« Je consomme de façon sociale. »

SOUCHE CONSOMMÉE POUR L’EXPÉRIENCE : Blue Dream – intensité moyenne 17 % THC : 0 % CBD

QUANTITÉ CONSOMMÉE : 0,1 gramme

POULS À JEUN : 79

PRESSION À JEUN : 122/82

TEST À JEUN

NOMBRE D’ÉTAPES DE SIMULATION RÉUSSIES (Basé sur un système de pointage cumulatif ; le total peut reculer en cas d’erreur de conduite) : 7,5

SCORE MOYEN (Utilisation du clignotant, respect de la marge de sécurité, zone à risque et stabilité) : 95,5 %

PREMIER TEST « GELÉE » (Environ 30 minutes après la consommation)

POULS : 103

PRESSION : 136/102

PUPILLES : TEMPS DE RÉACTION PLUS LENT À LA LUMIÈRE.

BUZZ RESSENTI : 10 sur 10

« Je suis complètement défoncée ! »

NOMBRE D’ÉTAPES DE SIMULATION RÉUSSIES : 11,75

SCORE MOYEN : 97,75 %

IMPRESSIONS

« J’ai owné le test ! Dès que j’ai commencé à conduire, j’étais complètement dedans. Je n’avais pas le sentiment d’être stressée. Je n’étais pas pressée, je ne sentais pas l’espèce de pression sociale qui fait qu’on a toujours l’impression de courir. »

NOTE DE L’ÉVALUATEUR

« Conduit avec une attitude plus détendue [à une main]. »

« Freinage plus brusque. »

DEUXIÈME TEST « GELÉE » (Environ 2 heures après avoir consommé)

POULS : 89

PRESSION : 123/75

PUPILLES : DILATÉES, MAIS TEMPS DE RÉACTION PLUS NORMAL

BUZZ RESSENTI : 2 sur 10

NOMBRE D’ÉTAPES DE SIMULATION RÉUSSIES : 12,25

SCORE MOYEN : 96,75 %

NOTES DE L’ÉVALUATEUR

« Freinage plus rapide sans nécessité. »

« Roule à 40 km/h sans nécessité. »

« Fait un seul angle mort pour changer de voie. »

ALEXIS 31 ANS

« Je suis un consommateur fonctionnel. Ma consommation est intégrée à mon travail. »

SOUCHE CONSOMMÉE POUR L’EXPÉRIENCE : Blue Dream – intensité moyenne 17 % THC : 0 % CBD

QUANTITÉ CONSOMMÉE : 0,39 gramme

POULS À JEUN : 82

PRESSION À JEUN : 132/78

TEST À JEUN

NOMBRE D’ÉTAPES DE SIMULATION RÉUSSIES : 7,5

SCORE MOYEN : 93,5 %

NOTES DE L’ÉVALUATEUR

« Manque des angles morts parfois [10%]. »

« Dépasse régulièrement les limites de vitesse. »

PREMIER TEST « GELÉ »

POULS : 79

PRESSION : 122/82

PUPILLES : PUPILLES MOINS RÉACTIVES.

BUZZ RESSENTI : 7,5 sur 10

« Je me sens bien. »

NOMBRE D’ÉTAPES DE SIMULATION RÉUSSIES : 10,5

SCORE MOYEN : 96,25 %

IMPRESSIONS

« Dans la vraie vie, j’ai tendance à rouler plus vite. Là, j’ai juste compris comment le jeu fonctionne. »

NOTE DE L’ÉVALUATEUR

« Hésitation marquée lors d’une manœuvre [prise de décision]. »

DEUXIÈME TEST « GELÉ »

POULS : 80

PRESSION : 110/73

PUPILLES : NORMALES

BUZZ RESSENTI : 2 sur 10

NOMBRE D’ÉTAPES DE SIMULATION RÉUSSIES : 13

SCORE MOYEN : 96,25 %

NOTES DE L’ÉVALUATEUR : aucune

« Freinage plus rapide sans nécessité. »

« Roule à 40 km/h sans nécessité. »

« Fait un seul angle mort pour changer de voie. »

DAVID 31 ANS

« Je peux fumer deux ou trois fois par mois, souvent quand d’autres en ont. C’est très rare que j’en achète et je ne fume presque jamais seul. »

SOUCHE CONSOMMÉE POUR L’EXPÉRIENCE : Sierra – intensité modérée 9 % THC : 9 % CBD

QUANTITÉ CONSOMMÉE : 0,3 gramme

POULS À JEUN : 58

PRESSION À JEUN : 134/77

TEST À JEUN

NOMBRE D’ÉTAPES DE SIMULATION RÉUSSIES : 5,75

SCORE MOYEN : 95 %

NOTES DE L’ÉVALUATEUR : aucune

PREMIER TEST « GELÉ »

POULS : 93

PRESSION : 154/80

PUPILLES : NORMALES.

BUZZ RESSENTI : 8 sur 10

NOMBRE D’ÉTAPES DE SIMULATION RÉUSSIES : 11,5

SCORE MOYEN : 95,75 %

IMPRESSIONS

« Je me sens vraiment vedge. Je ne sais pas si c’est parce que ce que j’ai pris a beaucoup de CBD. Je n’aurais pas conduit en temps normal. J’étais quand même pas mal meilleur que la première fois »

NOTE DE L’ÉVALUATEUR

« Dépassement de la limite de vitesse. »

« A dû faire une esquive, car il n’avait pas perçu le danger subit assez tôt [très risqué]. Vérification inexistante. »

DEUXIÈME TEST « GELÉ »

POULS : 79

PRESSION : 146/74

PUPILLES : DILATÉES

BUZZ RESSENTI : 3 OU 4 sur 10

NOMBRE D’ÉTAPES DE SIMULATION RÉUSSIES : 13

SCORE MOYEN : 92,75 %

IMPRESSIONS

« J’ai le goût d’être en pyjama ! Je me sens comme une heure après m’être réveillé. »

« Les deux imprévus sont arrivés quand j’étais gelé. Ils n’en ont pas mis dans la simulation quand j’étais à jeun. L’évaluateur a vraiment un biais négatif. »

NOTES DE L’ÉVALUATEUR :

« Esquive obligée, car pas assez attentif à l’avant. »

« Sentiment de persécution. »

MARC-ANTOINE 24 ANS

« Je suis un fumeur essentiellement social. Je peux fumer parfois dans la semaine en jouant à NHL avec mon coloc. »

SOUCHE CONSOMMÉE POUR L’EXPÉRIENCE : Delahaze – intensité élevée 24 % THC : 0 % CBD

Quantité consommée : 0,44 gramme

Pouls à jeun : 99

Pression à jeun : 127/86

TEST À JEUN

NOMBRE D’ÉTAPES DE SIMULATION RÉUSSIES : 7,25

SCORE MOYEN : 95 %

NOTE DE L’ÉVALUATEUR

« Vérifie son rétroviseur, mais ne fait pas son angle mort chaque fois. »

PREMIER TEST « GELÉ »

POULS : 120

PRESSION : 166/82

PUPILLES : PUPILLES DILATÉES ET RÉACTION PLUS LENTE À LA LUMIÈRE.

BUZZ RESSENTI : 9 sur 10

« Le buzz est assez intense. »

NOMBRE D’ÉTAPES DE SIMULATION RÉUSSIES : 9

SCORE MOYEN : 95,75 %

IMPRESSIONS

« Je me sens high, mais très focus. »

NOTE DE L’ÉVALUATEUR

« Dépasse la vitesse permise. »

DEUXIÈME TEST « GELÉ »

POULS : 116

PRESSION : 134/78

PUPILLES : DILATÉES MAIS RÉACTIVES

BUZZ RESSENTI : 3 sur 10

NOMBRE D’ÉTAPES DE SIMULATION RÉUSSIES : 8

SCORE MOYEN : 94,5 %

NOTES DE L’ÉVALUATEUR

« Avait le pied sur l’accélérateur lors du démarrage. »

« Neuvième changement de voie raté malgré tous ses efforts pour bien faire. »

COMMENTAIRES DE L’INFIRMIER PAUL LAVOIE

« Je ne m’attendais pas à l’augmentation de la pression aussi importante. Normalement, selon la théorie, elle devrait baisser plutôt qu’augmenter, sauf si les consommateurs en sont à leurs premières expériences. »

« Les pupilles de tous les participants restaient dilatées, mais peut-être pas au point de permettre à un policier de soupçonner que la personne est sous l’influence du cannabis. »

CONDUITE SOUS L’INFLUENCE DU CANNABIS
UN DIFFICILE DÉBAT SCIENTIFIQUE Philippe Mercure

À quel point le cannabis est-il dangereux au volant ? Les chercheurs ont multiplié les études de toutes sortes au fil des ans pour tenter de le savoir, mais les résultats sont souvent contradictoires et difficiles à interpréter. Tour d’horizon.

DONNÉES EXPÉRIMENTALES

Les tests sur des simulateurs ou directement sur la route sont sans doute la façon la plus rigoureuse d’évaluer les risques du cannabis au volant. Plusieurs d’entre eux se sont toutefois révélés non concluants parce qu’on testait des aptitudes qui n’étaient pas touchées par le cannabis. Les résultats varient beaucoup d’une étude à l’autre. Les doses consommées et la tolérance de chaque individu font en sorte qu’il faut jongler avec plusieurs variables. Ces tests ont toutefois montré que les conducteurs sous l’influence du cannabis ont des temps de réaction plus longs. Ils sont moins bons pour conserver leur position dans leur voie et pour gérer l’imprévu et la nouveauté. Au contraire des conducteurs sous l’influence de l’alcool, ils tendent à conduire plus lentement, à prendre moins de risques et à augmenter leur vigilance pour essayer de compenser la diminution de leurs capacités.

PROFIL

Les statistiques montrent que les consommateurs de pot ont beaucoup plus d’accidents de voiture que l’ensemble de la population. Une preuve de la dangerosité du cannabis ? Non. Car les fumeurs de pot sont en majorité des hommes, très souvent jeunes et plus portés sur le risque que l’ensemble de la population. Or, il s’agit exactement du profil des gens qui ont le plus d’accidents. En contrôlant ces variables, les résultats des différentes études sont contradictoires.

RISQUES D’ACCIDENTS

Examiner les circonstances des accidents peut donner un indice de la dangerosité réelle du pot sur la route. La plus importante étude du genre provient de la Virginie. Les chercheurs ont comparé 3000 conducteurs impliqués dans des accidents à 6000 autres qui ont conduit aux mêmes endroits mais n’ont pas eu d’accident. L’étude montre que la marijuana n’augmente pas le risque d’accident, alors que la conduite sous l’influence de l’alcool à un taux de 0,05 multiplie ce risque par 6,75. Ces chiffres sont à prendre avec un (gros) grain de sel. La concentration de THC diminue si rapidement dans le sang qu’au moment de tester un conducteur qui vient de causer un accident, il est fort possible qu’on ne détecte rien de révélateur. Le THC peut être détecté chez certains consommateurs plusieurs jours après la consommation. Un grand nombre de conducteurs qui ont un test positif au THC dans ce genre d’études sont en parfait état de conduire, ce qui améliore artificiellement leur bilan global.

CAPACITÉS

Une façon indirecte d’évaluer les risques du cannabis au volant est d’étudier les effets du pot sur les fonctions cognitives requises pour la conduite. Encore ici, les résultats sont difficiles à interpréter et dépendent de la dose consommée et de la tolérance des consommateurs. On peut quand même dire que le cannabis touche généralement la perception du temps, la capacité d’attention, la prise de décision, la capacité de faire plusieurs tâches en même temps et les habiletés psychomotrices.

CONDUITE SOUS L’INFLUENCE DU CANNABIS
LE GRAND DÉFI DE LA DÉTECTION Philippe Mercure

La question du pot au volant donne de sérieux maux de tête aux autorités à cause d’un problème fondamental : contrairement à l’alcool, il n’existe pas de corrélation entre le taux de THC dans le sang et la capacité de conduire. Pour y remédier, les gouvernements et les policiers ont établi tout un protocole… qui pourrait bien être contesté devant les tribunaux. Explications.

LE PROBLÈME

La seule façon de savoir si un conducteur est trop « gelé » pour conduire à partir de tests biologiques serait de procéder à une biopsie dans son cerveau sur le bord de la route, ce qui est évidemment impraticable. Avec les tests de salive ou les tests sanguins, on se heurte à un dilemme. Si on fixe une limite haute, on échappera la majorité des conducteurs sous l’influence de la drogue. Dans un rapport remis au Congrès américain, la National Highway Traffic Safety Administration souligne que pour pincer un conducteur avec une haute concentration de THC dans le sang, il faudrait pratiquement que le consommateur fume son joint, saute dans sa voiture, tombe sur un policier au premier coin de rue et se fasse tester illico.

En fixant une limite trop basse, au contraire, on risque de pénaliser des gens qui conduisent en pleine possession de leurs moyens. Une faible concentration de THC peut subsister des heures et même jusqu’à un mois après la consommation, alors que l’individu est parfaitement apte à conduire.

Notons que ce problème n’existe pas avec l’alcool, puisqu’il existe une corrélation parfaite entre le taux d’alcool dans le sang et le danger sur la route.

TOLÉRANCE ZÉRO AU QUÉBEC

Au Québec, c’est tolérance zéro. Certains policiers sont dotés d’appareils approuvés permettant de détecter le THC dans la salive. La moindre concentration détectée entraîne la suspension du permis de conduire pour une durée de 90 jours. Les policiers devront toutefois avoir une bonne raison de croire qu’un automobiliste est sous l’influence du pot avant de lui imposer le test salivaire – conduite irrégulière, odeur, échec à certains tests de proprioception comme se tenir en équilibre sur une jambe, marcher sur une ligne ou rester debout les yeux fermés sans se balancer.

PEINES DE PRISON AU FÉDÉRAL

La loi fédérale prévoit quant à elle des peines qui peuvent aller d’une amende de 1000 $ à 10 ans de prison selon la concentration de THC mesurée dans le sang et le nombre de récidives de la personne qui se fait prendre. La présence d’alcool dans le sang en plus du THC fait augmenter les peines.

CONTESTATIONS PRÉVUES

Marco Harrison, directeur de la Fondation CAA-Québec, s’attend à ce que les premiers automobilistes accusés de conduire sous l’influence du cannabis contestent leurs sanctions devant les tribunaux. Il croit qu’ils échoueront au provincial puisque la peine – retirer le permis de conduire – touche un privilège et non un droit. Au fédéral, par contre, les causes devront être bien montées pour conduire à des accusations. « Les premières causes mal faites par les policiers vont être contestées. Sachant que scientifiquement, on sait que du THC peut rester dans le sang jusqu’à un mois après la consommation, une accusation basée uniquement sur un taux ne tiendra pas la route. Il va falloir l’ensemble de l’œuvre – d’autres preuves que la personne avait consommé et conduisait avec les facultés affaiblies – pour obtenir des condamnations », croit-il.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.

Les ravages du cannabis

À moins de deux mois d’être officiellement légalisé au pays, malgré plusieurs réticences, voici une autre histoire à faire réfléchir sur la consommation de cette saloperie. Je vous propose ce dossier d’Isabelle Hachey, sur La Presse +, publié le 19 août dernier. Une triste histoire à faire réfléchir.

LA DÉTRESSE D’UNE MÈRE Isabelle Hachey

C’est l’histoire d’un jeune homme qui accumule les psychoses depuis qu’il a commencé à fumer de la marijuana. Un jeune homme au comportement de plus en plus incontrôlable, qui risque de sombrer dans la schizophrénie. C’est l’histoire d’une mère au cœur brisé qui crie à l’aide.

« CE N’EST PAS BON POUR TOI »

Au début, Rielle Lévesque a cru que son fils traversait une crise d’adolescence. Au pire, c’était parce qu’il fumait un peu trop de marijuana. Ces propos bizarres, ces petits délires, ces rires inappropriés. Il avait 18 ans. Une fille lui avait brisé le cœur. Il fumait de plus en plus et avait décroché de l’école.

Un jour, il s’est mis à « chasser les esprits » dans la maison. « À mon retour du travail, il avait mis tous les meubles devant la porte. Je ne pouvais pas entrer. Ça commençait à être évident que quelque chose ne tournait pas rond. »

Le jeune homme a écrit à son ex. Des messages menaçants : elle devait payer pour avoir rompu avec lui. Quand il s’est introduit chez elle en pleine nuit, les parents de cette dernière ont porté plainte. Rielle Lévesque a obtenu une ordonnance de la cour pour forcer son fils à se faire évaluer par un psychiatre.

Diagnostic : psychose, selon toute vraisemblance liée à sa consommation de cannabis.

« Il a pris des médicaments et s’est mis à aller mieux, mais il ne voulait plus vivre chez moi, parce que je lui avais fait un sale coup. Je l’avais trahi [en le forçant à se faire évaluer]. Il est allé vivre chez sa grand-mère. » Il a recommencé à consommer. Et il est retombé en psychose.

Cette fois, il a sauté du haut d’un toit. En plein délire, il se croyait invulnérable, puisqu’il était… un superhéros. Il s’est cassé les deux pieds. Les médecins ont dû poser des vis dans l’un de ses talons. Rielle Lévesque était convaincue que l’hôpital le transférerait illico dans un établissement psychiatrique pour lui faire subir un programme de réadaptation. On l’a plutôt renvoyé à la maison.

Il a recommencé à fumer.

« Je lui disais : « Le cannabis, ce n’est pas bon pour toi ». Il répondait : « Non, c’est super bon pour moi. De toute façon, ça va être légal. Ils ne le légaliseraient pas si ce n’était pas bon ». »

— Rielle Lévesque

Le cannabis provoque des psychoses – et risque de mener à la schizophrénie – chez les jeunes qui ont une vulnérabilité génétique. Cela frappe environ 3 % des consommateurs. Et cela court dans la famille Lévesque. Il y a quelques années, le fils d’une cousine s’est retrouvé à la rue après avoir perdu la carte.

Rielle Lévesque a tenté de raisonner son fils. En vain. « Dans sa tête, il n’a pas fait de psychoses. Quand je lui parle des choses qu’il a faites, il ne s’en rappelle pas. »

Le jeune homme refuse tout traitement. Étant adulte, c’est son droit le plus strict. Sa mère le voit s’enfoncer dans la maladie mentale sans pouvoir y faire quoi que ce soit.

« Partout où il passe, il se fait mettre dehors. Il a essayé d’aller à l’école, il a essayé de travailler… partout, il trouve quelqu’un qui va lui offrir du pot. » Et il retombe en psychose. Cela fait cinq ans que ça dure.

SOMBRER DANS LA VIOLENCE

En mars, le jeune homme a avalé des médicaments pour mettre fin à ses jours. Sa mère l’a trouvé affalé à la maison. Le lendemain, elle lui a rendu visite à l’hôpital. « Je lui ai tendu un verre d’eau et il m’a sacré un coup de poing dans la face. Il pensait que je l’attaquais. »

Rielle Lévesque a fait des pieds et des mains pour que son fils reçoive un traitement. À l’hôpital Douglas, on l’a inscrit à un programme, avec des séances de sport, des psychothérapies de groupe. « J’étais contente. Je pensais qu’il y serait pendant quelques mois, pour qu’il reprenne goût à la vie. Après deux semaines, le psychiatre lui a donné son congé. » Il est retourné chez sa grand-mère.

En juillet, il a menacé des passants avec un bâton en pleine rue, à Montréal. « Il a dit qu’il faisait des blagues, un peu comme dans Les insolences d’une caméra ou les gags de Juste pour rire. Il trouvait ça bien drôle. »

Une femme d’un certain âge, terrifiée, a voulu se défendre. Elle a frappé le jeune homme. Il a répliqué à coups de bâton. L’affaire lui a valu une accusation au criminel. Cette fois, Rielle Lévesque était absolument certaine que son fils serait pris en charge. Qu’il serait soigné, enfin, de gré ou de force.

Mais, au bout de trois semaines, un psychiatre lui a donné son congé. Sa mère et sa grand-mère avaient pourtant clairement indiqué à l’hôpital qu’elles étaient désormais incapables d’assurer sa sécurité.

« On m’a dit qu’on allait l’envoyer dans un refuge pour sans-abri. Va-t-il subir le même sort que Magloire ? Va-t-il agresser quelqu’un avant qu’on lui tire dessus ? »

— Rielle Lévesque

Alain Magloire est ce père de famille dont la vie a basculé après avoir avalé une pilule d’ecstasy. La maladie mentale l’a jeté à la rue. Des policiers l’ont abattu alors qu’il était en crise, le 6 février 2014. Le coroner a blâmé non pas l’intervention policière, mais la piètre organisation des soins de santé.

LE POINT DE NON-RETOUR

La grand-mère n’a pu se résoudre à voir son petit-fils transformé en sans-abri. Malgré le danger, elle l’a repris sous son toit. « Cela fait cinq ans que cela dure, dit Rielle Lévesque. C’est clair que cela se dégrade. Chaque fois qu’il revient, il n’est pas comme avant. Il rit tout seul, il a de la difficulté à parler. »

Impuissante, elle voit son fils s’enfoncer peu à peu dans la maladie mentale. Et craint le point de non-retour. « Il risque de devenir schizophrène. Sa psychiatre m’a dit : « À un moment donné, on ne peut plus les ramener, même avec les médicaments. » C’est urgent de faire quelque chose. » Avant qu’il ne soit trop tard.

Rielle Lévesque raconte son histoire en espérant faire bouger les choses, pour son fils et pour ceux qui risquent de vivre le même cauchemar avec la légalisation du cannabis.

« Il va y en avoir beaucoup plus. Qu’est-ce qu’on fait avec ces jeunes-là ? Ils sont foutus si on n’agit pas à temps. »

— Rielle Lévesque

Les jeunes adultes ont le droit de refuser des traitements, admet-elle. « Mais les recherches démontrent que le cerveau finit de mûrir à l’âge de 25 ans. […] Quand la drogue provoque des psychoses, cela affecte les capacités des gens à prendre de bonnes décisions. Ils n’ont plus de jugement. »

Si on avait forcé son fils à subir un traitement, croit-elle, il n’en serait pas rendu là, sur cette pente glissante.

« J’ai peur qu’il devienne itinérant, comme le fils de ma cousine. Elle m’a dit un jour qu’elle ne savait jamais quand elle recevrait un appel pour lui annoncer sa mort. Moi, c’est pareil. Il a sauté d’un toit, il a tenté de se suicider, il a menacé des gens avec un bâton. Ça va être quoi, la prochaine étape ? Est-ce qu’il va prendre un couteau ? Un fusil ? »

CANNABIS, PSYCHOSE ET LÉGALISATION

La légalisation du cannabis, dès le 17 octobre, risque-t-elle d’entraîner une explosion de psychoses chez de jeunes consommateurs vulnérables ? Entretien avec la psychiatre Amal Abdel-Baki, chef du service des troubles psychotiques au Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

L’ASSOCIATION DES MÉDECINS PSYCHIATRES DU QUÉBEC A DEMANDÉ QUE L’ÂGE LÉGAL POUR CONSOMMER DU CANNABIS SOIT FIXÉ À 21 ANS, EN RAISON DES EFFETS NOCIFS DE CETTE DROGUE SUR LES CERVEAUX IMMATURES. LE GOUVERNEMENT A REJETÉ CETTE DEMANDE. LA LÉGALISATION VOUS INQUIÈTE-T-ELLE ?

Ce qu’on craint, c’est que la légalisation entraîne un message de banalisation de l’impact du cannabis. Beaucoup se disent : « Si c’était dangereux, le gouvernement ne le légaliserait pas. » Mais pour environ 3 % de la population, le cannabis peut déclencher des psychoses. Cela dit, les gens qui veulent consommer du cannabis en trouvent déjà facilement. L’expérience nous dira si la légalisation entraînera une réelle augmentation. Cela dépendra beaucoup de la sensibilisation qui sera faite auprès des jeunes dans les écoles.

FAUT-IL TRAITER LES PSYCHOSES RAPIDEMENT POUR ÉVITER QUE L’ÉTAT DU PATIENT NE SE DÉTÉRIORE ?

Tout à fait. Dans les cas de psychose, plus on intervient tôt, meilleures sont les chances de rétablissement. Les symptômes de la psychose sont une perte de contact avec la réalité. Souvent, la personne entend des voix ou entretient de fausses croyances, ce qu’on appelle des délires. La consommation de cannabis exacerbe ces symptômes. Les études ont démontré que le fait de continuer à consommer du cannabis a un impact important sur le fonctionnement de la personne, sa capacité à poursuivre ses études et à intégrer le marché du travail.

QUE FAIRE AVEC LES PERSONNES PSYCHOTIQUES QUI REFUSENT LES TRAITEMENTS ?

La loi est complexe. En effet, les gens ont le droit de refuser un traitement jusqu’à ce qu’ils deviennent dangereux pour eux-mêmes ou pour autrui. Ce qui arrive à une bonne proportion des gens souffrant d’une maladie non traitée, c’est que la maladie finit par devenir tellement sévère qu’ils adoptent des comportements dangereux. Par exemple, ils traversent la rue à la lumière rouge en se croyant invulnérables, ou ils agressent des gens qui, pensent-ils, veulent leur faire du mal. Quand les membres de la famille doivent attendre que leur enfant devienne dangereux pour faire appel à la cour ou aux policiers afin de le faire hospitaliser, cela devient extrêmement traumatisant pour tout le monde.

VOUS ÊTES PSYCHIATRE À LA CLINIQUE POUR JEUNES ADULTES PSYCHOTIQUES DU CHUM. CETTE CLINIQUE VISE À DÉTECTER LE PLUS VITE POSSIBLE LES PSYCHOSES POUR EN LIMITER LES IMPACTS. EST-CE LA VOIE À SUIVRE ?

Absolument. En octobre 2017, le ministère de la Santé a d’ailleurs dégagé des budgets pour créer 15 cliniques comme la nôtre partout à travers le Québec, parce qu’il a été démontré que plus on intervient tôt, plus on améliore le pronostic. En psychose, les gens ne se rendent pas compte qu’ils ne vont pas bien. Au début de la maladie, toutefois, il y a une petite période de quelques semaines où ils s’en rendent compte. C’est cette période qu’il faut attraper pour maximiser les chances d’instaurer un traitement avec l’accord de la personne. C’est vraiment la voie à suivre.

REFUS DE TRAITEMENT : LE POUR ET LE CONTRE

Au Québec, bien des familles désespèrent en voyant leurs proches sombrer dans la maladie mentale. Devrait-on obliger les malades récalcitrants à obtenir des soins ?

DES FAMILLES DÉSESPÉRÉES

Des histoires comme celle de Rielle Lévesque et de son fils, « on en entend régulièrement », déplore René Cloutier, directeur général du Réseau Avant de craquer, un regroupement de 39 associations qui soutiennent les proches de personnes atteintes de maladie mentale. « Ce que disent les familles depuis 20 ans, c’est qu’il y a un problème avec la loi P-38, qui vise à protéger les droits et libertés des personnes atteintes de maladie mentale. » Tout adulte a le droit de refuser un traitement, stipule cette loi. Pour l’hospitaliser contre son gré, on doit faire la preuve devant un tribunal qu’il représente un danger grave et immédiat. « Il faudrait changer la loi, qui est désuète et basée seulement sur la dangerosité, pour reconnaître aussi le droit pour la personne de recevoir des soins de santé lorsque son état mental le requiert », estime M. Cloutier.

LE DROIT FONDAMENTAL DES MALADES

Priver un malade de sa liberté ou le forcer à prendre des médicaments est « la meilleure façon de briser le lien entre une mère et son fils, et cela n’aidera ni l’un ni l’autre », prévient Jean-François Plouffe, porte-parole d’Action Autonomie, un collectif pour la défense des droits en santé mentale. « Ce n’est pas la première fois que des parents voient leurs enfants majeurs se diriger vers ce qu’ils perçoivent être le mauvais chemin, mais il reste que ces enfants sont des adultes autonomes. Nous pensons qu’il faut laisser les gens aller au bout de ce qu’ils ont à vivre, les accompagner le plus possible, leur trouver des ressources qui vont les aider à s’en sortir. Il y a plein de choses qui peuvent être faites sans opter pour la privation de liberté et la médication forcée. »

Suspense à 40 000 pieds

NDLR : L’histoire qui suit a été vécue par Éric St-Pierre, recherchiste à Radio-Canada et a fait l’objet d’un article dans l’édition de La Presse+ du 31 juillet dernier. Elle souligne le professionnalisme des pilotes et agents de bord d’un avion de ligne.

GARDER SON SANG-FROID À 40 000 PIEDS D’ALTITUDE

Quand notre avion a été fortement secoué, l’équipage a fait preuve d’un professionnalisme exemplaire.

Le 19 juillet dernier, le vol AC1651 d’Air Canada Rouge qui me ramenait à Montréal est parti de la porte J7 de l’aéroport international de Miami comme prévu, à 11 h 55. Après quelques minutes de taxi sur le tarmac, notre Airbus 319 s’est immobilisé sur une voie de circulation, et le commandant a pris le micro pour nous annoncer (en anglais et en français) que la tour de contrôle empêchait depuis quelques minutes tous les avions de décoller vers le nord en raison d’une importante dépression orageuse qui sévissait dans le nord de la Floride. Temps d’attente estimé avant de pouvoir décoller : 45 minutes.

Rapidement, l’équipage nous a offert des collations ainsi que de l’eau, tout en nous confirmant que l’air conditionné allait fonctionner comme il faut tout au long de l’attente même si les moteurs venaient d’être fermés (il faisait 40 degrés à l’extérieur).

Toutes les 15 minutes, le commandant nous tenait au courant des derniers développements, jusqu’à ce qu’il reçoive l’autorisation de décoller vers 13 h 45 après avoir pu changer le plan de vol. L’objectif : contourner la dépression orageuse par l’ouest.

Après 30 minutes de vol, la consigne pour les ceintures de sécurité est toujours allumée, et les agentes de bord (qui n’ont d’ailleurs toujours pas bougé de leurs sièges) n’hésitent pas à prendre l’intercom pour rappeler à l’ordre de manière polie, mais ferme, les passagers qui ont envie de se dégourdir les jambes. « Please sit down, restez assis. »

Nous entamons le contournement de la zone orageuse, et une première zone de turbulences particulièrement intense secoue l’A319. Le commandant reprend le micro pour nous dire de rester bien assis, car nous allons seulement avoir fini de contourner la zone orageuse dans une dizaine de minutes. Après cela, le reste du vol vers Montréal devrait se dérouler sans problème.

Quelques minutes plus tard, nous atteignons une deuxième zone de fortes turbulences, et l’avion se met subitement à jouer à Twister, passant de gauche à droite et de haut en bas avec une énorme violence difficile à décrire, et ce, pendant une dizaine de secondes.

Il y a un silence de mort dans l’avion, silence rompu seulement par les quelques passagers qui ont trouvé la force de crier.

Derrière moi, des femmes en pleurs se mettent à prier en chantant.

Une fois le pire passé, le commandant a repris le micro pour nous annoncer que nous avions terminé de contourner la zone orageuse. « We’re finally through the bad weather, as you may have seen it was quite intense. Nous avons finalement réussi à traverser la mauvaise météo, qui était assez intense comme vous avez pu le constater. »

Le reste du vol s’est déroulé sans problème, même si les prières chantées des femmes inquiètes se sont poursuivies durant une trentaine de minutes. À notre arrivée à une des portes de l’aéroport de Montréal, le commandant nous a souhaité à la sortie une bonne soirée, tout en s’excusant des conditions de vol.

UN EXPLOIT LOGISTIQUE

Le 13 juillet dernier, FlightRadar24 a recensé un nombre record de 205 468 vols à travers la planète. Chaque jour, il y a donc plus de 200 000 avions qui décollent et qui atterrissent sans encombre, ce qui est un exploit logistique et technologique phénoménal. Chacun de ces appareils est composé d’un équipage minimal d’un agent de bord et de deux pilotes, qui travaillent souvent des heures épouvantables afin de s’assurer qu’on se rende à bon port.

Malgré l’important retard et les mésaventures fort désagréables subies lors de mon vol vers Montréal, l’équipage est resté calme et zen sans manifester la moindre impatience ou inquiétude. Le commandant a aussi communiqué la situation aux passagers avec une transparence exemplaire tout au long du vol, et ce, autant dans les moments calmes que dans ceux plus inquiétants. Objectivement, j’ai vécu une expérience de voyage que je ne souhaite à personne, mais le professionnalisme des agents de bord et des pilotes a fait en sorte que je suis sorti de l’avion en les remerciant pour leur travail plutôt qu’en ayant envie de les blâmer pour mon arrivée tardive à Montréal et la séance de brassage vécue à 40 000 pieds d’altitude.

Si on prend souvent la peine de mentionner sur les réseaux sociaux nos mauvaises expériences de service à la clientèle avec les compagnies aériennes, je pense que c’est une simple question de justice de prendre quelques minutes pour souligner les bons coups de ces mêmes travailleurs, d’autant qu’on ne leur demande rien de moins que la perfection. Parce que 200 000 fois par jour, ces gens doivent faire décoller et atterrir sans anicroche des engins de plusieurs tonnes qui voyagent à 900 km/h. Et ils n’ont pas le droit à l’erreur.