Croire à la bonté divine malgré tout

La triste histoire du drame affreux de la petite Rosalie Gagnon, 2 ans, qui fait les manchettes depuis près de deux semaines continue d’alimenter les conversations. C’est un infanticide inqualifiable qui s’est passé et surtout pour déposer son cadavre dans une poubelle, il faut être très profondément perturbé.

Pour un chrétien qui croit à un être suprême bon et juste, il faut être habité d’une foi inébranlable pour accepter sans chercher à comprendre, qu’une mère en vienne à détruire ce qui émerge de son propre corps, de sa vie, de son sang. Quand on y pense sérieusement, et en tenant compte de tout ce qui a été véhiculé sur les circonstances de cette tragédie, cet ange a enfin trouvé la paix dans cette vie annonciatrice de misère et de malheur. C’est la très mince consolation qu’on peut en tirer. Dieu l’a rappelé à Lui.

J’ai bien aimé l’article de Lise Ravary, dans les pages d’opinion du Journal de Montréal de dimanche dernier, et il me fait plaisir de le partager avec vous…

PLEURER UN ANGE

Dans ce métier que j’exerce depuis très longtemps, on a beau examiner de près les travers de l’être humain, tant sa bêtise que son potentiel pour la cruauté, on ne s’endurcit jamais autant qu’on le souhaiterait. Nous sommes des crabes à carapace molle, ceux qui font de si bons sushis.

J’ai été frappée de plein fouet par la mort de la petite Rosalie Gagnon, 2 ans. De tous les crimes dont notre espèce est capable, l’infanticide dépasse l’entendement. Comment une mère, un père, peuvent-ils enlever la vie qu’ils ont donnée, et dans un geste de violence extrême massacrer la chair de leur chair? Quel démon les pousse à traverser la frontière entre la normalité et l’horreur à l’état pur?

Certains souffrent de maladies mentales. D’autres pas, pas d’un point de vue clinique. Mais un parent en pleine possession de ses moyens peut-il faire une telle chose? J’en doute. Mais un meurtre demeure un meurtre.

MAUDITE DROGUE

Audrey Gagnon, dont on sait peu de choses, est toxicomane. Tous les parents toxicomanes ne sont pas des monstres. Cela dépend de la personne et de la substance. Il ne faut pas comparer cannabis et méthamphétamine, opioïde ou cocaïne. Mais parlez-en à n’importe quel intervenant de la DPJ et il vous dira que les drogues dures sont présentes dans une grande proportion de cas de maltraitance d’enfants.

J’ai déjà fait du bénévolat auprès de jeunes qui essayaient d’arrêter de consommer. La plupart étaient parents d’enfants de moins de cinq ans. Le crack et le crystal meth, deux poisons hautement addictifs qui peuvent transformer une personne normale en Incroyable Hulk, étaient leurs substances de choix.

J’ai dû cesser ces accompagnements après un certain temps, je n’avais plus la force psychique pour assister, impuissante, à l’enfer que certains de ces parents faisaient vivre à leurs bambins innocents. Combien de signalements non retenus aussi. Le système craque.

Où était rendue Audrey Gagnon dans sa déchéance quand elle aurait poignardé sa petite Rosalie? Y a-t-il un baril assez profond pour contenir une mère qui jette le corps mutilé de son bébé dans une poubelle?

J’espère que le procès nous en apprendra sur la gestion de ce cas par la DPJ et par la maison d’hébergement qui a expulsé Audrey et sa fille de deux ans. Les bas-fonds de l’âme humaine nous sont inaccessibles, mais les corridors administratifs doivent toujours demeurer éclairés.

UN CŒUR

Il est facile de porter des jugements sur les coutumes d’autrui, comme si nous étions immunisés contre l’inhumanité. Mais même après sa mort, Rosalie Gagnon n’a cessé d’être traitée comme un déchet. Après le bac à ordures, cette enfant a failli être enterrée dans une fosse commune, car personne, ni le père ni les grands-parents n’ont réclamé son petit corps.

Heureusement qu’un oncle s’est manifesté, et grâce à lui et à la générosité de Québécois ordinaires, d’un salon funéraire et d’un fleuriste, Rosalie aura des funérailles samedi prochain à l’église Saint-Rodrigue de Québec, à 11h.

Je suis persuadé que l’église sera remplie de bonnes personnes venues pleurer un ange.