La question à se poser

Les élections provinciales sont dans moins de 5 mois et la question qu’il faut se poser dès maintenant est celle que posait Joseph Facal dans son article de jeudi dernier dans les pages du Journal de Montréal et que je partage avec vous. Dans quatre autres longues années, il sera trop tard. On se prend en main où on laisse les autres le faire à notre place.

Y A-T-IL ENCORE UN PEUPLE QUÉBÉCOIS?

En politique, des faits sans rapport évident sont souvent liés par une logique d’ensemble qui ne se voit pas d’emblée.

Prenez la crise au Bloc québécois. Il est facile d’ironiser.

CUL-DE-SAC

Imaginez une famille dans une chambre d’hôpital, réunie autour d’un patient plongé dans un coma végétatif. Les médecins n’ont aucun mot d’encouragement à offrir. Les dommages au cerveau sont trop profonds et irréversibles.

Les frères et sœurs du patient veulent qu’on le débranche. Sa femme refuse mordicus. Elle fait une scène de plus. Elle engueule infirmières et préposés. Excédé, le reste de la famille s’en va. La femme reste seule.

C’est ce qui arrive au Bloc. On peut déjà graver la pierre tombale : RIP Bloc québécois (1991-201…) Il reste à savoir si le parti mourra en 2018 ou s’il reviendra aux électeurs de le débrancher lors de l’élection fédérale de l’an prochain. Mais l’affaire ne s’arrête pas là.

Les sept députés démissionnaires veulent fonder un nouveau parti. Ce nouveau parti serait-il souverainiste ou pourrait-il accueillir des fédéralistes? Il y a déjà des divergences parmi les sept. Elles pourront sans doute être aplanies, mais elles sont toutes aussi révélatrice que l’implosion du Bloc.

Ajoutez à cela les difficultés du PQ, qui court le risque de ne pouvoir sauver qu’une poignée de sièges. Ajoutez à cela les difficultés de la CAQ à définir un programme authentiquement nationaliste, tout en se disant fédéraliste.

La CAQ formulera des demandes à Ottawa. Elle se fera dire non, comme par le passé. Que faire alors si vous ne gardez pas la souveraineté comme carte éventuelle dans votre jeu?

Le PLQ de Philippe Couillard, lui, n’a même pas la prétention de vouloir réformer le fédéralisme canadien. Ce n’est pas seulement parce qu’il sait qu’il frapperait un mur. C’est parce que Philippe Couillard pense exactement comme Justin Trudeau.

Le PLQ d’aujourd’hui a complètement tourné le dos à sa philosophie politique traditionnelle. Il raisonne à partir des catégories mentales des adversaires historiques de la nation québécoise.

TRAGÉDIE

Comme je le disais plus haut, reliez tous ces points par des lignes, et un portrait global apparaît. Ce portrait, c’est celui d’un peuple qui, de plus en plus, consent à être minorisé, dépendant, colonisé mentalement et matériellement. En ce sens, c’est un peuple qui renie les combats menés jadis.

C’est un peuple qui se contorsionne pour justifier, rationaliser, relativiser, peut-être même pour apprendre à aimer sa triste condition.

Pire encore, c’est celui d’un groupe de gens qui ne se perçoivent même plus comme un peuple. Notre cul-de-sac politique n’est que la conséquence de la dislocation de la nation. Certains trouvent pathétique le Québec d’aujourd’hui. Je le trouve tragique.