Une découverte d’envergure mondiale effectuée à Montréal

Cette percée médicale pourrait avoir des effets positifs dans la prévention des maladies cardiovasculaires chez les personnes vivant avec le diabète.

Le 16 novembre dernier, au congrès scientifique de l’American Heart Association, le Dr Jean-Claude Tardif de l’Institut de Cardiologie de Montréal a dévoilé les résultats de l’étude clinique COLCOT (COLchicine Cardiovalcular Outcomes Trial).

S’étant déroulée sur un peu plus de trois ans et demi, cette étude d’ampleur internationale a été menée auprès de 4 745 patients dans 167 hôpitaux situés dans 12 pays. Elle comparait la colchicine, un médicament anti-inflammatoire utilisé depuis des décennies, à un placebo, en complément au traitement standard chez des patients ayant récemment subi une crise cardiaque. La prise d’une faible dose quotidienne de colchicine était étudiée pour la prévention de la récidive d’événements cardiaques chez ces patients.

Extrait de la plante colchique d’automne, la colchicine est peu dispendieuse et actuellement prescrite pour le traitement de la goutte, de la péricardite et de la fièvre méditerranéenne familiale.

LA CRISE CARDIAQUE

Pour comprendre pourquoi les chercheurs de l’étude ont regardé du côté de ce médicament plutôt que d’un autre, il est important de comprendre l’infarctus du myocarde (crise cardiaque).

Il s’agit principalement d’un blocage d’une artère coronaire, dont le rôle principal est d’alimenter le cœur en oxygène. La majorité du temps, ce blocage est causé par l’athérosclérose, c’est-à-dire l’obstruction de l’artère par une plaque importante de gras. Cette inflammation empêche le sang de circuler vers le cœur, limitant ainsi sa capacité à pomper le sang au reste du corps. Outre l’essoufflement, les patients peuvent alors ressentir une douleur vive à la poitrine, au cou ou au bras. Ce sont les signes avant-coureurs d’une crise cardiaque qui peut s’avérer mortelle.

LE RÔLE DE L’INFLAMMATION

Il est donc clair que l’inflammation joue un rôle critique dans le développement de l’athérosclérose et augmente de ce fait le risque de crise cardiaque. Les chercheurs de l’étude COLCOT se sont donc intéressés à la possibilité d’agir sur l’inflammation pour ralentir ou arrêter la formation, la progression et les complications des plaques liées à l’athérosclérose.

Comme l’explique le Dr Tardif, chercheur principal de l’étude, directeur du centre de recherche de l’Institut de Cardiologie de Montréal et professeur de médecine à l’Université de Montréal, « on a compris dans les dernières années que les blocages des artères du cœur ne sont pas quelque chose de passif, mais plutôt dynamique, et il y existe une composante d’inflammation significative. Nous savons maintenant que l’utilisation de la colchicine permet de réduire l’inflammation après une crise cardiaque chez les patients, et diminue les risques de subir d’autres événements cardiaques comme les réhospitalisations pour de l’angine nécessitant des dilatations coronariennes, des accidents vasculaires cérébraux (AVC), et ainsi de suite ».

UNE DÉCOUVERTE D’IMPORTANCE MONDIALE

Les résultats de l’étude, publiés dans la prestigieuse revue médicale New England Journal of Medicine, démontrent que les patients ayant reçu 0,5 mg de colchicine sur une base quotidienne ont présenté des taux d’événements cardiovasculaires significativement plus bas que ceux recevant le placebo. Plus précisément, la colchicine permettrait de réduire de 23 % la combinaison de décès cardiovasculaires, d’arrêt cardiaque réanimé, de crise cardiaque, d’AVC et d’hospitalisation urgente pour angine nécessitant une revascularisation coronarienne.

Pour les patients ayant suivi à la lettre le protocole de traitement, c’est une réduction de 29 % qui a été notée.

Qui plus est, l’étude démontre une réduction de 34 % de ce que le Dr Tardif appelle « le fardeau total des événements », soit l’ensemble des événements cardiovasculaires initiaux et récidivants. Les chercheurs de cette étude en viennent donc à la conclusion que l’ajout de la colchicine au traitement standard réduit le risque d’événements cardiovasculaires après une crise cardiaque.

Ainsi, comme précise le Dr Tardif, « COLCOT fait la démonstration qu’il est possible d’innover en redéfinissant l’usage d’un vieux médicament.

Ces données soulignent le potentiel de la colchicine comme traitement efficace et extrêmement utile pour réduire l’inflammation suivant un infarctus du myocarde dans le but d’améliorer le devenir cardiovasculaire des patients ».

Cette découverte d’envergure mondiale effectuée à Montréal permettra assurément de changer le cours de la médecine cardiovasculaire. Les données de l’étude seront revues par les différentes agences règlementaires. Puisque ce médicament n’est pas nouveau, il pourrait être prescrit rapidement au profit des patients.

PREMIÈRE CAUSE DE DÉCES AU MONDE

Les maladies cardiovasculaires sont les plus coûteuses et les plus mortelles au monde. La recherche est donc plus que nécessaire pour en comprendre les mécanismes et résoudre le problème lié aux maladies cardiovasculaires.

POTENTIEL IMPORTANT POUR LES PERSONES VIVANT AVEC LE DIABÈTE

Le diabète augmente le risque d’hypertension artérielle, de rétrécissement des artères, de maladie coronarienne et d’AVC, et les personnes vivant avec le diabète sont trois fois plus à risque de mourir d’une maladie du cœur que les autres. La recherche portant sur les maladies cardiovasculaires peut donc grandement bénéficier à ces personnes.

Selon les chercheurs de l’étude COLCOT, la colchicine pourrait éventuellement être très utile dans la prévention des maladies cardiovasculaires chez les patients avec un diabète de type 2 sans maladie cardiaque connue.

C’est d’ailleurs ce qui sera mis à l’épreuve lors de la deuxième phase de l’étude COLCOT. Ce volet devrait commencer dès 2020, et visera à évaluer les effets de la colchicine, par rapporte à un placebo, sur les événements cardiovasculaires chez 10 000 patients atteints de diabète de type 2 sans maladie coronarienne documentée.

« Avec ce deuxième volet de l’étude COLCOT, nous espérons démontrer que les patients présentant un diabète de type 2 peuvent également bénéficier des propriétés anti-inflammatoires de la colchicine afin de prévenir l’apparition de maladies cardiovasculaires », affirme le Dr Tardif.

En attendant les résultats, cette nouvelle étude présente un bel espoir de prévention des maladies cardiovasculaires chez les personnes vivant avec le diabète.

Source : Revue Plein Soleil, Hiver 2020

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