La triste et malheureuse réalité

La tendance des sans-abris à Montréal prend de plus en plus d’ampleur. Une triste réalité qui nous dépasse tous. Certains les évitent alors que d’autres leur viennent en aide. Pour pourvoir leur donner un lit, principalement en hiver, les églises devraient transformer leur sous-sol pour leur donner un gîte convenable où se reposer.

Je ne sais pas si vous étiez de fervents téléspectateurs de la série « Face à la rue », animée par Jean-Marie Lapointe, la saison dernière, mais c’était quelque chose à voir pour découvrir ce monde de misère, de désespoir et d’entraide malgré tout. Une poignante série sans jugement, mais dévoilant le triste sort des itinérants et itinérantes, parce que oui, beaucoup de femmes en font aussi partie.

Mais pourquoi en sommes-nous arriver là ? Qu’est-ce qui fait que leur nombre ne cesse de croître. Richard Martineau a décrit cette triste et malheureuse réalité dans son article quotidien émouvant, publié hier dans le Journal de Montréal d’hier. Un article révélateur sur ces démunis et itinérants qui survivent encore aujourd’hui en 2019. C’est ce texte poignant et révélateur que je partage avec vous aujourd’hui.

LE PARC DE LA MISÈRE Richard Martineau

Je ne savais même pas si c’était un homme ou une femme.

Cette personne se tenait devant moi, squelettique, trois ou quatre dents dans la bouche, broyée par la drogue.

Elle aurait pu avoir 20 ou 60 ans. On aurait dit un zombie.

LES FANTÔMES

Depuis quelques mois, je travaille près d’un parc qui sert de refuge aux miséreux de la ville. Je savais que ce lieu était fréquenté par des crève-la-faim, mais jamais à ce point.

Ils sont partout. Dormant entre des sacs de poubelle, tirant sur des restants de mégots dans des entrées de commerces, demandant la charité, assis sur la glace.

Et, parfois, hurlant à pleins poumons au beau milieu de la rue pour chasser les démons qui les hantent.

Dutrizac, qui passe par là pour aller animer son émission matinale, à QUB radio, dit que c’est pire la nuit. Des sans-abris se battent pour un fond de bouteille. Des ombres grouillant devant des hôtels de passe minables.

Et puis la racaille, tout autour. On les voit, faisant leur deal entre deux autos, chuchotant à l’oreille de « leurs » filles, profitant de la misère ambiante pour remplir leurs poches.

Des vautours. Tournant autour de leurs proies, flairant les clients, un cellulaire collé à l’oreille. Des crapules, de la vermine.

SANS FAMILLE

L’autre jour, devant la porte d’un café, deux jeunes policiers écoutaient avec une patience infinie une jeune fille en larmes. Ils lui touchaient doucement l’épaule.

Que tous ceux qui ne cessent de cracher sur les flics aillent faire un tour près de ce parc, au petit matin, ils y croiseront des policiers avec un cœur gros comme ça.

Ce n’est pas parce qu’on a un revolver à la ceinture qu’on est insensible à la misère humaine. Ce n’est pas parce qu’on représente l’ordre et l’autorité qu’on est incapable de compassion, d’attendrissement, de bonté.

Cette misère, je ne la confronte que dix minutes par jour, et ça me vire à l’envers. Eux la côtoient tous les jours.

Jour après jour, nuit après nuit, les mêmes fantômes perdus, les mêmes silhouettes squelettiques ravagées par la poudre, l’alcool. Le manque d’amour.

D’où viennent ces miséreux ? Qu’est-ce qui les a amenés là ? Dans l’un de ses documentaires, Paul Arcand discute avec une douzaine de jeunes qui passent leurs journées dans ce parc.

« Qui parmi vous est passé par la DPJ ? » demande-t-il. Ils lèvent presque tous la main. Abandonnés par leur famille, par le système. Seuls.

UNE DÉCHARGE HUMAINE

Vous avez déjà vu une décharge à déchets ? Ces terrains vagues où les camions de vidange vomissent leur contenu ? Eh bien, c’est ce parc. La société, notre société y jette ses rebuts.

Les individus dont on ne veut plus. Ceux qu’on juge trop brisés, trop cassés, irrécupérables.

On les laisse sur le bord du chemin, et puis ils se retrouvent là. Terminus, tout le monde descend. Le bout de la route. Une fourrière pour animaux à deux pattes. Chiens perdus sans collier.

Quand le soleil se couche, et que les travailleurs retournent chez eux, la racaille sort d’entre les ordures pour leur sucer le sang.

C’est fou comme je dors mal depuis que je travaille près de ce parc.

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