Alzheimer : la prévention notre meilleure alliée

Sachant que de saines habitudes de vie, dont l’activité physique, permettent de réduire considérablement les risques de souffrir d’Alzheimer, cette terrible maladie qui trouble la mémoire, on doit miser davantage sur la prévention, selon les experts.

Même après plus de 100 ans de recherches, il n’existe toujours pas de remède efficace contre cette maladie neurodégénérative; d’où l’importance de travailler en amont.

« Selon de récentes études, faire de l’exercice fréquemment permet de réduire de plus de 30 % les risque d’être atteint d’un trouble neurocognitif », affirme Nouha Ben Gaied, directrice de la recherche et développement et de la qualité des services à la Fédération québécoise des Sociétés Alzheimer.

« C’est considérable, poursuit-elle, puisque aucun médicament ne peut en faire autant. Et lorsque l’activité physique est combinée à de la stimulation cognitive, on est en mesure de mieux contrôler l’évolution des symptômes, et ce, quels que soient l’âge de la personne ou le stade de la maladie. »

Éric Simard, docteur en biologie et chercheur dans le domaine du vieillissement, ajoute que la qualité de notre alimentation, de notre vie sociale, de notre sommeil, de même qu’un faible taux de stress et d’anxiété réduisent
aussi considérablement les risques que notre cerveau parte en vrille.

« C’est étonnant de voir que, malgré la grande importance de la prévention, personne n’en parle. C’est un reflet de notre société qui n’est pas [axée sur la] prévention. On doit mettre cela au centre de notre système de santé », estime le spécialiste.

PAS JUSTE UNE MALADIE DE « VIEUX »

Il existe deux principales formes de la maladie. D’abord, il y a celle qu’on appelle la maladie d’Alzheimer « tardive » ou « sporadique ». Il s’agit de la plus commune.

Celle-ci concerne généralement les gens qui reçoivent un diagnostic dans la soixantaine, Bien que l’affection soit fatale, le déclin des personnes atteintes de cette forme est beaucoup plus lent que dans la forme familiale.

L’espérance de vie dépasse souvent les 10 ans.

L’affection qui est dite « familiale », anciennement appelée « forme précoce de la maladie d’Alzheimer » est quant à elle beaucoup plus rare. Elle touche moins de 5 % des patients atteints.

Celle-ci se déclare chez de plus jeunes sujets, aux environs de la quarantaine. Elle est héréditaire et progresse rapidement.

UNE PANDÉMIE RAVAGEUSE

Mme Ben Gaied souligne que de nombreuses recherches montrent que les patients doivent non seulement bouger, mais également éviter de s’isoler socialement. Les experts ont d’ailleurs constaté que les périodes de confinement dues à la COVID-19 ont eu des effets néfastes sur plusieurs personnes atteintes d’Alzheimer.

Les aidants naturels sont aussi de cet avis. « Au pire de la pandémie, j’ai vu ma mère régresser, nous confie Nancy. Son état s’est très rapidement détérioré. Pour éviter qu’elle n’attrape la COVID, j’ai fait beaucoup de chose à sa place, dont toutes ses courses. Elle était donc beaucoup moins active. Elle n’a pas attrapé le virus, mais ça n’a visiblement pas aidé sa santé d’être ainsi isolée. »

POURQUOI LES CAS EXPLOSENT-ILS ?

D’après le rapport publié en 2020 par la revue médicale The Lancet intitulé Dementia
prevention,
intervention, and care : 2020 report of « The Lancet » Commission (Prévention, intervention et soins de la démence), « l’incidence de la démence selon l’âge a diminué dans de nombreux pays, probablement en raison des améliorations apportées à l’éducation, à la nutrition, aux soins de santé et aux changements de mode de vie ».

Malgré cela, la Société Alzheimer du Canada croit que le nombre de cas devrait doubler d’ici 15 ans. Pourquoi donc ? Parce que l’espérance de vie a gagné près de 15 ans au cours des 50 dernières années et que, après 65 ans, les risques d’être atteint de la maladie d’Alzheimer doublent tous les cinq ans.

Les cas à la hausse sont également dus aux progrès en matière de diagnostic, fait de plus en plus tôt.

L’IMPORTANCE DU DIAGNOSTIC PRÉCOCE

« Près de 50 % des personnes atteintes d’un trouble cognitif – la maladie d’Alzheimer comprise – reçoivent leur diagnostic à un stade très avancé, indique Nouha Ben Gaied. Bien souvent, enchaîne-t-elle, 70 % des neurones sont déjà touchées, car la maladie avance silencieusement. Le dépistage précoce est donc la clé, parce qu’il permet de stabiliser la maladie par la pharmacologie. »

Éric Simard est d’avis que si l’on était capable de diagnostiquer l’Alzheimer très tôt, il est fort probable que les gens atteints finiraient par mourir d’autre chose.

« Un processus de dégénérescence nerveuse se met en branle chez la personne souffrant d’Alzheimer. Initialement, cependant, on remarque une accumulation de protéines, de déchets, dont le cerveau est incapable de se débarrasser, explique-t-il. Lorsque cela se produit, ces déchets se retrouvent aussi dans le sang.

J’ai espoir que, au cours des prochaines années, un test permettra de détecter ces protéines dans la circulation sanguine, ce qui serait un grand pas pour le dépistage précoce.

SEXE, ALCOOL… ET PLASTIQUE !

À l’heure actuelle, on sait que les femmes sont plus à risque de souffrir de la maladie. À preuve, juste au pays, 65 % des personnes atteintes sont de sexe féminin. L’âge influence aussi, puisque plus on vieillit, plus les risques augmentent.

Enfin, l’hérédité n’est pas à négliger. Une trentaine de facteurs génétiques peuvent jouer un rôle dans le développement de la maladie.

On a bien peu d’emprise sur notre sexe, notre âge ou notre génétique. En revanche, on peut s’aider en adoptant un mode de vie sain. Sur le site canadien de la Société Alzheimer, tout comme dans le rapport publié dans The Lancet en 2020, on indique que les personnes qui consomment beaucoup d’alcool – on parle ici de 21 consommations par semaine – ont un risque de maladie cognitive plus élevé par rapport à celles qui boivent modérément ou pas du tout.

De plus, les fumeurs ont 45 % plus de risques de souffrir de la maladie que ceux qui ne fument pas ou plus. L’hypertension, la mauvaise alimentation, la dépression, l’obésité et le taux de cholestérol élevé sont d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte.

« L’Alzheimer est une maladie en partie métabolique; certains l’appellent même le diabète de type 3, souligne Éric Simard. L’enchevêtrement de déchets au cerveau finit par faire mourir des cellules, mais la maladie est aussi liée à un processus inflammatoire et à une difficulté des cellules neuronales à gérer le glucose.

C’est une prise de conscience sur la façon dont on mange et l’omniprésence des sucres raffinés dans l’alimentation.

Les phtalates sont également montrés du doigt par de nombreux chercheurs, car ces composés chimiques affecteraient notre système hormonal. Les experts du Programme des Nations unies pour l’environnement et de l’Organisation mondiale de la santé les impliquent désormais dans le développement des maladies d’Alzheimer et de Parkinson.

UNE PREMIÈRE EN 15 ANS

À ce jour, bien que certains médicaments atténuent les symptômes, aucun traitement curatif n’a été trouvé. Nouah Ben Gaied parle avec optimisme de la demande de mise sur le marché auprès de la Food and Drug Administration (FDA) (le pendant américain de Santé Canada), d’un nouveau produit portant le nom d’Aducanumab : « Il n’y a pas eu de nouveau médicament pour soigner l’Alzheimer depuis 15 ans. Il s’agir vraiment d’une avancée majeure », estime-t-elle.

De son côté, Éric Simard pense qu’il ne faut pas crier victoire trop vite. « Tout médicament capable de ralentir le processus de progression sera le bienvenu. Malheureusement, les résultats ne sont pas très concluants pour le moment, dit-il. J’espérais mieux. On ne parle que d’une réduction de 23 %. Pour obtenir l’accréditation, les chercheurs se penchent sur les effets de doses élevées, puisque les doses faibles n’ont pas fonctionné ou n’ont pas atteint le seuil d’efficacité voulu. »

Au moment d’écrire ces lignes, la FDA n’avait toujours pas statué sur l’avenir du produit.

AIDE MÉDICALE À MOURIR : UNE FENÊTRE S’OUVRE

Plusieurs personnes souffrant de troubles neurodégénératifs, et plus précisément d’Alzheimer, demandent à ce que l’aide médicale à mourir soit une option pour elles. Récemment, le tribunal leur a donné une lueur d’espoir puisque la Cour supérieure du Québec a déclaré, dans un jugement rendu à l’automne 2019, que les critères de fin de vie de la loi provinciale et ceux de mort naturelle raisonnablement prévisible de la loi fédérale étaient inconstitutionnels. Québec s’est conformé au jugement en retirant son critère de fin de vie. Ottawa, de son côté, a jusqu’au 18 décembre 2020 pour modifier le Code criminel.

Ce n’est pas la seule difficulté que doivent affronter les gens atteints d’Alzheimer. Lorsque ceux-ci éprouvent de grandes souffrances, ils ne sont généralement plus aptes à donner leur consentement pour recevoir l’aide médicale à mourir. L’idéal, selon les patients, serait qu’ils puissent signer un consentement anticipé. Ce que la loi ne permet pas pour le moment. Le débat devrait donc se poursuivre en 2021.

LES 4 STADES DE LA MALADIE

Stade 1 : Au stade léger, les symptômes courants sont les pertes de mémoire, les difficultés à communiquer et les changements dans l’humeur et le comportement.

Stade 2 : Dès le stade modéré, on observe un déclin des facultés cognitives et fonctionnelles du patient. La personne atteinte, bien qu’encore souvent consciente de son état, a besoin de soutien quotidien pour effectuer ses tâches.

Stade 3 : Une fois au stade avancé, la personne malade devient incapable de communiquer verbalement ou de prendre soin d’elle-même.

Stade 4 : On en arrive au stade de fin de vie.

Source : Annie Turcotte, revue Coup de Pouce, janvier-février 2021, p34

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